Bakara Vs Barbancourt, BICHA L’agneau Immolé.

Je comprends tout l’emballement autour de cette histoire. Le mobile de cette agitation n’est autre que la fraîcheur du conflit dominicano-haïtien.
Inconsciemment beaucoup d’entre nous prennent position pour Barbancourt en le substituant à Haïti qu’il faut à tout prix protéger du bourreau dominicain (Bakara). Je suis pro-chauvinisme et je suis pour toute action étatique pouvant faire comprendre aux dominicains ou à tout autre peuple que nous sommes une nation debout, digne et fière. Mais attention à ne pas laisser autrui nous manipuler en se cachant derrière un pseudo-patriotisme.

Détrompons-nous. Bicha n’est pas l’importateur du rhum Bakara. Il n’est que l’image publicitaire de la marque. Une frange de notre élite économique a choisi d’importer ce rhum et de nous le revendre. Comme tant d’autres produits d’ailleurs. A en juger par leurs actions, les importateurs de Bakara autant que les propriétaires de Barbancourt n’ont aucun sens du patriotisme. Ils font tous parti de ce même groupe d’individus qui préfèrent passer leurs fins de semaines à Miami ou de l’autre côté de la frontière alors qu’ils auraient les moyens d’investir et de créer des attractions dignes de ce nom sur le territoire national. Dépêcher un avion-ambulance depuis les Etats-Unis leur semble plus « classe » que de faire un don à un hôpital national, public ou privé, afin de standardiser ses services. Leurs enfants étudient dans toutes les universités de l’extérieur, même celles de la république dominicaine. Quant à nos universités, elles sont trop piteuses. Ils ne sauraient se rabaisser à un tel niveau. Voyons… Pourraient-ils les financer et les aider à s’améliorer? Bien sûr. Mais pourquoi le faire quand c’est si facile d’envoyer son enfant étudier à l’étranger?

A toute entreprise privée évoluant dans un quelconque pays, il incombe ce que l’on appelle les responsabilités sociales coopératives. J’ai 30 ans. J’ai toujours vécu dans le pays. Je n’ai jamais vu l’une de nos entreprises, y compris Barbancourt, assumer aucune de ces dites responsabilités. « Combien d’universités ont été sinon créées du moins financées? Sélection nationale? Salle de spectacle? Ecoles d’art? Avenue? Etc. » Attention il ne s’agit pas de sponsoriser un groupe musical à l’occasion du carnaval ou de patronner quelconque soirée mondaine. Il s’agit plutôt d’investir dans le développement DURABLE du pays duquel l’on se réclame. Qu’a fait le rhum Barbancourt pour que l’Haïtien moyen s’identifie à lui? Rien. Et j’insiste, en posant un des actes sus-cités, Barbancourt, l’une des entreprises au cœur de ce débat, n’aurait pas fait de faveur au pays, mais elle aurait plutôt assumé ses RESPONSABILITES SOCIALES.

D’un autre côté, on parle d’avilissement du vaudou. Primo, il s’agit d’un abus de langage. Le terme avilissement est carrément impropre au contexte. Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre artistique touche à UNE religion ou à la notion de LA religion en elle-même. Gardons-nous donc de tout fanatisme. Deuxio, permettez-moi cette question: «  Depuis quand le vaudou était-il si sacré à nos yeux? C’est un exercice national que de dénigrer le vaudou. Nous en faisons carrément un sport. En public nous crachons sans hésitation aucune sur tout ce qui touche de près ou de loin à cette religion. Ce que nous faisons en privé c’est autre chose. Devrions-nous nous comporter de la sorte? C’est un autre débat.
Je comprends la position de Max Beauvoir. Lui au moins a toujours assumé sa fonction de grand Ati national et peut se sentir offensé par l’atteinte faite à son ministère. Mais quant à nous-autres, je vous en prie… trêve d’hypocrisie.

De ce conflit, mon ami, le Dr Valéry Moise dont je respecte profondément le sens critique, a dit ces mots, et je partage: « Je m’abstiens en général des débats relatifs aux éventuelles responsabilités de la bourgeoisie haïtienne dans le mal du pays. Préférant me concentrer sur les solutions, j’évite souvent de tourner le fer de la plaie encore béante de nos frictions sociales. Mais là je suis outré par la prétention de la bourgeoisie d’utiliser masse et classe moyenne dans son conflit d’intérêt personnel qu’elle ose présenter comme national. Qui, en complicité avec l’état corrompu et irresponsable, nous a rendus si dépendant par rapport à la république dominicaine? Qui a détruit la cimenterie nationale? Combien se sont soulevés contre le fait qu’un hélicoptère ait semé une poudre qui ait engendré la destruction d’une large part de cocotiers et de bananeraies à l’Arcahaie? Parlons national! »

En résumé, il ne s’agit que d’un conflit entre deux groupes d’investisseurs. D’ailleurs, pour eux (propriétaires de Barbancourt ou importateurs de Bakara) le choix est clair. Tout ce qui vient de l’étranger est meilleur. Ils nous le prouvent depuis des siècles. A présent, comme on nous l’a souvent fait – depuis la guerre de l’indépendance ou au temps des élections- on nous met devant pour défendre les intérêts particuliers en agitant le voile du patriotisme. Mais réveillez-vous mes frères. Ne vous laissez plus berner. Comme a dit l’autre: « Choisissons nos propres luttes. Ce, en toute lucidité ». A bon entendeur…

~Dr. Paul Evens Grégoire CHARLES —

2 Commentaires

  1. Dans ma consciente ignorance, je veux bien croire qu’il existe une instance éthique qui s’occupe des pubs audiovisuelles en Haïti ? Dans le cas contraire, je trouve très plat, très superficiel ce débat. Méthodologiquement, le problème est mal posé. D’ailleurs, même le titre de l’article me parait trop belliqueux. Comme si nos « moralistes », nos « intellectuels » ne s’y attendaient pas.
    Pourquoi ne pas attaquer le problème à la base. Qui est Bicha? Qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui? Je m’attends déjà à ce que d’autres pubs qui frôlent la grivoiserie seront aussi censurées !!!

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