Combien faut-il de liberté à la presse ?

Quand ses bornes ne sont pas posées, quand l’horizon recule à mesure qu’avance la liberté,  on tombe inéluctablement dans le champ de l’asservissement. Par la voie qui a été prise pour l’éviter, on se retrouve de plain-pied dans l’esclavage. A quiconque, il n’est permis de régner par l’excès. Il faut toujours un peu d’équilibre et beaucoup d’informations. De sagesse. Et parlant d’équilibre et d’informations, nous ne pouvons nous empêcher de faire une association spontanée avec la presse. Une entité dont l’importance n’est plus à démontrer dans les régimes démocratiques, si bien qu’on la qualifie tantôt de quatrième pouvoir, tantôt de contre-pouvoir. Mais qu’on ne nous tienne pas rigueur d’orienter nos intérêts sur un autre aspect ayant plus à voir avec la responsabilité de la presse qu’avec la sémantique. Aux grands pouvoirs, les grandes responsabilités dit-on, et nous acquiesçons. Quel serait alors le rôle de la presse dans la nouvelle orientation nécessaire au redressement du monde ? Dans la lutte pour l’éducation, la santé, la protection de l’environnement, la croissance économique du plus grand nombre, la promotion de la paix, et de la diversité culturelle ?

Le monde doit évoluer et freiner sa course folle vers cette honteuse dégradation. Qu’il vienne le temps où les tonneaux pleins fassent plus de bruit, que la lumière émerge de dessous les tables opaques, que l’essentiel reprenne le dessus sur le superflu, que le lion se change en berger des forêts, et la famille l’unité fonctionnelle des sociétés. Dans le meilleur des cas, tout cela prendra des siècles pour  se réaliser si la presse ne se fait pas l’obligation morale et intelligente de s’y mêler. L’heure est à l’engagement et aux responsabilités partagées. Le sauvetage ne peut être que collectif et le découpage des informations  hautement sélectif.

L’opinion publique est rassasiée de  ces politiciens vautours et sans vergogne à qui vous donnez l’occasion de monopoliser la parole et de conspirer sans cesse contre la vérité. Les enfants regardent avec des yeux gourmands  et un esprit troublé toutes ces « super stars » ambassadrices des ténèbres, réfractaires à la morale et à l’éthique qui font la Une des journaux. La société civile se demande perplexe où sont passées les émissions à visée éducative ? Quel est ce culte  voué à des «  musiques » qui ont le don non enviable de réveiller les pulsions violentes ? Les consommateurs n’attendent pas que vous sollicitiez leur confiance, ils vous l’accordent et veulent seulement savoir si vous les protégez de vos commanditaires. Considérant le rythme suivant lequel l’impérialisme se débride, la presse doit s’engager activement dans le développement de l’esprit critique des masses  et  éviter de servir de caisse de résonnance à tous ces malfrats qui pensent pouvoir réduire le monde à eux-mêmes, leur entourage immédiat et leurs intérêts toujours partagés entre le bas-ventre, le ventre et les poches.

Ce serait, par contre, une opposition frontale à l’honnêteté,  de croire que dans le champ des médias, il ne pousse que les mauvaises herbes. En dépit des salaires de misère, des moyens qui manquent jusqu’à l’essentiel, des obstacles à l’accès aux informations crédibles, aux menaces quotidiennes, aux tentatives de corruption, aux mépris, à l’irrespect,  aux favoritismes sexuels, et aux censures, il existe encore des journalistes respectables, instruits, sourds aux chantages qui font un travail appréciable et à qui la société doit reconnaissance et honneur. C’est de ceux-là que renaîtra la nouvelle presse et donc le Nouveau Monde.

Cette presse qui accorde la parole autant aux indigents qu’aux favoris de la fortune. Cette presse rivée à la recherche et la diffusion  de la vérité. Cette presse qui informe et qui forme. Cette presse indifférente aux fantaisies arborant le masque du nécessaire. Cette presse qui joue sur l’émotion plutôt que sur la raison, sur la répétition incantatoire plutôt que sur l’argumentation, sur l’affirmation gratuite plutôt que sur la description objective. Cette presse qui comprend qu’aucune évolution n’est possible sans une volontaire privation au profit de l’autre.Cette presse qui réduit sa liberté d’être spectatrice au bénéfice de la pro-action. Cette presse qui confond le droit à la liberté au devoir de renoncement.

Dr Valéry  MOISE

 

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