À l’écoute des étoiles…

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Il était loin de se douter que le décor était planté pour ce dialogue silencieux où le mot quel qu’il soit aurait été de trop. Seul, à la faveur d’une de ces coupures d’électricité un peu trop familières, il scrutait l’horizon. En quête de perspectives, de réponses et de paix. Pour rendre hommage à la vérité, les fardeaux de son pays et de sa génération pesaient particulièrement lourd, ce soir-là, sur son esprit de citoyen conscient et engagé. Il se demandait pourquoi !

Pourquoi sa terre tardait à faire renaître un Henry Christophe, un Anténor Firmin, un Charlemagne Péralte, un Rosalvo Bobo, un Emile St-Lot ? Pourquoi, malgré les multiples répétitions, son peuple ne parvient pas encore à assimiler l’essence de sa devise l’union fait la force ?  Pourquoi, malgré ses richesses, occultées et officiellement admises, Ayiti ne refuse d’être une terre d’honnêtes opportunités pour ses fils ? Pourquoi la plupart des Haïtiens ne brillent qu’à l’extérieur ? Pourquoi la sphère politique, domaine préalablement si noble et si important, est-elle devenue un repère de bandits, de scélérats, d’apatrides qui ne respirent qu’individualisme et corruption ? A peine allait-il être submergé par les flots du désespoir que ses yeux, on ne sait par quelle magie, ont été portés vers le ciel.

Dans un silence audible par lui seul, s’entama alors un monologue étrange. Un monologue qui semblait venir à la fois des étoiles et des entrailles de la Terre. Il était question d’espoir, de courage, de patience et de persévérance. Il disait que tous les grands progrès sont les œuvres d’humains laborieux qui ont osé rêver et défier le doute. Il y était reconnu que les nations développées n’étaient pas tombées du ciel, et qu’elles aussi ont eu leurs périodes de tâtonnement dans les ténèbres, jusqu’à ce que des citoyens conscients aient fait briller la Grande Lumière cachée au fond d’eux-mêmes. C’était un monologue étrange où il était aussi question d’aveux. Aveu qu’Haïti n’est pas un territoire maudit des dieux, mais un pays habité par des individus irresponsables, réfractaires à la raison et l’engagement citoyen, qui ne font pas honneur à leurs illustres ancêtres. À ceux-là qui avaient rétabli la dignité humaine de toute une race que des exécrables avaient choisie pour être des parias, des bêtes de somme. À ceux-là qui sont sortis des gouffres de l’inhumanité pour se dresser face au soleil.

Ce témoignage était trop beau. Il avait besoin de fermer ses paupières pour contempler de l’intérieur le parcours épique de ceux auxquels il succède de plusieurs générations. C’est alors que l’étoile la plus brillante, pour porter au comble son émotion, avoue, un peu gênée,  qu’elle était jalouse de tant de prouesses.

Reconnaissant et perplexe, le jeune professionnel se leva avec la détermination d’améliorer tout ce qui est soumis à son pouvoir, ne serait-ce que sa vision du monde et de son pays. Une fois debout, comme une invitation à l’action, comme une révolte face au désespoir, cette phrase de son ami Eliphas Lévi, s’imposa en maître absolu à son esprit : Dieu donne à chacun dans cette vie un animal à dompter. Les plus favorisés sont ceux qui luttent contre un lion : quelle gloire auront ceux qui n’auront eu à dompter qu’un agneau ?”.

 

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

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