L’enfant haïtien: entre défis et privilèges

Crédit: osibouake.org
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S’il est un point commun entre tous les humains, de tous les âges et de toutes les civilisations ; c’est l’aspiration au bien-être. L’atteinte de cet idéal exige de la volonté, des choix et des actions coordonnées. De la différence de ces choix va naître le nivellement du monde. Les gouvernements responsables l’ont compris et ont élaboré des politiques répondant aux besoins de leurs citoyens. Toutefois, le progrès nécessite un équilibre sans cesse dynamique. L’excellent choix d’hier  épuisera ses bontés et se trouvera être désuet aujourd’hui. Et grâce aux nouvelles lumières qu’offre le développement de la psychologie moderne, on comprend qu’il faut agir sur le commencement, sur la cause. Et pour peu que l’on  se penche sur le citoyen, l’enfance émerge. L’enfance émerge avec ses potentialités, sa durabilité et ses vulnérabilités. Il n’y a pas longtemps que l’on a compris que tout se joue là. Mais combien sont-elles les nations qui rendent optimale la prise en charge de l’enfance ?  Qui respectent et promeuvent leurs Droits ?

Si Haïti ne peut être placée sur le banc des accusés pour l’excision, le travail des mines et le mariage précoce, la situation des Droits de l’Enfant est loin d’être enviable. N’est pas enfant qui veut ! Nombreux obstacles sont à vaincre avant d’accéder à ce statut. D’abord  le manque d’éducation sexuelle devant aider la future mère à planifier sa grossesse et donc éviter les non-désirées sources de frustrations intra-utérines pour l’enfant qui doit naître. Ensuite la difficulté d’accès à des soins de qualité tant en prénatal, en périnatal qu’en post-natal. Si la plupart des héros en devenir arrivent à franchir ces étapes, à la naissance ils se trouvent fort souvent confrontés à l’incapacité de l’Etat de leur fournir un certificat de naissance, donc de reconnaitre leur droit à l’identité. S’ils sont vraiment des élus de la chance et se voient autoriser l’étape suivante, ils seront soumis aux épreuves du conquérant : la jouissance d’une famille biparentale, une nutrition équilibrée et adaptée et une éducation ne les condamnant pas être des abrégés de la société.

À côté de ces préjudices institutionnels, le petit haïtien est exposé aux méfaits de l’amour ignorant. Nous entendons par amour ignorant tout cafard posé sur le nombril du nouveau-né avec la prétention de le protéger contre les sorts maléfiques, tout collier placé sur le thorax de l’enfant malnutri en guise des soins d’un professionnel. En posant ces gestes qui nuisent plus qu’ils aident, les parents précipitent le pas des enfants vers la tombe et décrédibilisent ce qui reste de notre système sanitaire.

L’amour ignorant ne règne pas seul sur la scène des méfaits causés à l’enfant. La force des circonstances malheureuses et l’irresponsabilité parentale se mêlent souvent de la partie. En Haïti existe une catégorie de femmes que l’on m’accordera d’appeler les « Mères-Pères ». Elles sont des servantes abusées, des femmes vulnérables violées, des sous-éduquées, des veuves. Pour subvenir aux besoins primordiaux, la plupart sont parfois contraintes de confier leurs enfants à des familles plus aisées, proches ou lointaines, dans la perspective  d’un bénéfice meilleur. De cent lanternes aperçues, quatre-vingt-dix sont pourtant des vessies. Sans le savoir, en posant ce geste risqué, beaucoup de parents scellent le statut d’esclave moderne de leurs progénitures. Si le phénomène de « Restavèk » commence à être vulgarisé et dénoncé, les mesures de redressement adéquates se font encore attendre. Les briseurs de rêves se pavanent sans s’inquiéter.

Le lecteur averti prend déjà conscience de la précarité de la situation de l’enfant haïtien. Il est venu dans un monde où il n’a pas demandé à y être pour se faire bafouer les Droits. Sa voix est étouffée par le tohu-bohu culturel et les préjugés. Il est parfois témoin et victime de violence. Violence corporelle. Violence psychologique. Violence institutionnelle. On lui donne de la boue et on lui demande d’en faire une écume éblouissante ! Les experts en réhabilitation disent que c’est possible. Les humanitaires promettent d’en donner les moyens. Alors, ils viennent, en complicité avec l’Etat faible, ils donnent et ordonnent. Ils prennent aussi. Ils prennent surtout. Des photos, des organes, la dignité, quelque fois la virginité de ceux qu’on aide, de ceux qu’on défend à chaque fois qu’il faut gagner un emploi.

Pour être honnête, l’enfant haïtien ne connait pas que misères. Dans son champ, il est aussi semé les graines de l’empathie et de la solidarité vraie. Celle qui se dérobe des caméras et de la propagande.

Et à ce sujet, l’on doit saluer les efforts de tous ces organismes qui militent pour la promotion des Droits de l’Enfant, qui vulgarisent les bonnes pratiques et qui facilitent l’accès des jeunes leaders à des formations.

Sous l’impulsion de Diagnostik Group, un fond a été dégagé pour aménager un espace à l’HUEH et le pourvoir en jeux éducatifs. Des travailleurs sociaux de la FASCH accompagnent les enfants dans des exercices de lecture, de peinture et de dessins. Il est rapporté que la collaboration du personnel soignant était déficiente au début. Le fait était nouveau et paraissait peu utile jusqu’à  ce que le petit Cupi – qui ne faisait que ça – cesse de s’arracher les cheveux. Il faisait partie des enfants abandonnés de l’Hopital. Pour exprimer son attachement au programme, il était, tous les matins, au pan de la porte pour accueillir et combler les travailleurs de son affection.

L’amélioration de la condition de l’enfance en Haïti passe nécessairement par une prise de conscience collective. Si les politiques continuent à négliger les enfants parce qu’ils sont non-votants, si la société demeure réfractaire au respect de leur Droit parce qu’ils sont petits et ne peuvent se défendre, le pays ne connaîtra jamais l’amélioration du futur dont ils sont les garants. Comme dirait Victor Hugo : « Seigneur ! Préservez-moi de jamais voir une cage sans oiseaux, une ruche sans abeilles, une maison sans enfant ! »

Valéry MOISE, MD

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