Haïti : les hantises de l’engagement

Credit Photo: Home Team Marketing
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Il n’a jamais été aisé d’être Haïtien, en 1800 comme en 2000. Ceux qui nous ont légué ce pays ont accepté d’être à la race noire ce que la peau de bœuf est au tambour : l’âme !

Haïti est le produit d’un affrontement de longue haleine entre l’atrocité des uns et l’espoir rebelle des autres. Haïti est le triomphe de la dignité tenace sur le racisme rapace, l’inhumanité et la religion désœuvrée. Nous ne sommes point en train d’insinuer que nos ancêtres étaient des modèles de perfection. Parmi eux, il y a eu Conzé, le traître notoire, et le plus nul de tous : Jean-Pierre Boyer ! Que la terre ne leur soit point légère !

Ce rappel historique ne relève point de la fantaisie d’un esprit amusé par les introductions énigmatiques. Il s’agit ici de l’objet de réflexion d’un citoyen soucieux qui cherche à comprendre comment nous en sommes arrivés là où nous sommes, et quels seraient les moyens de renverser la vapeur. Parce qu’aujourd’hui, s’il nous faut parler de nous en des termes sincères, on comptera peu de sujets élogieux. Et personne, à quelque génération qu’il puisse s’identifier ou réellement appartenir, n’est exempt de reproches. Sur la balance des responsabilités, le mépris de l’effort des plus jeunes est presqu’en équilibre avec la superficialité des moins jeunes qui, elle-même, rivalise avec la corruption et la méchanceté de certains vieux. Nous ne sommes pas tous coupables mais nous sommes tous responsables. Responsables de ces familles amputées par l’immigration de masse, de ces enfants engloutis par la délinquance, de ces écoles qui abêtissent et de cette insécurité multiforme qui emporte vies et rêves.

Haïti n’a jamais eu tant besoin d’être un pays. Elle n’a jamais eu tant besoin de cesser d’être un territoire où cohabitent des individualités qui n’aspirent qu’à engloutir la collectivité. Elle a longtemps été un pays de transit. Elle veut désormais abriter une Nation. Elle appelle à l’engagement réel de ses citoyens. Un engagement qui dégage des perspectives solides, réalistes et durables. Elle n’appelle pas aux solutions miracles, elle sait que cela n’existe pas. Elle connait l’ampleur de son mal et n’inscrit sa guérison que dans les lignes d’un temps convenable. Sans rejeter le mérite des initiatives, tout en estimant à leur juste valeur les tentatives des jeunes, elle sait que sa relève ne viendra ni des colloques internationaux, ni des pompeux fora. Elle est une terre de patience qui n’avance jamais avec ceux qui font fi de ses paysans.

Avant l’avoir, Haïti a besoin de l’Etre. Avant la substance, elle a besoin de l’Essence. Aussi compétents que puissent-être nos leaders ou ceux qui s’improvisent comme tels, s’ils n’ont pas de conviction, ils ne pourront jamais aboutir à des solutions valables. Cette terre n’est pas une terre de novices et de versatiles. Sa vocation est d’être la Lumière des Nations. Ce n’est point un jeu d’enfants. Ce n’est point un concours d’images. C’est un engagement de l’être, c’est une hantise du bien et du beau.

Jeunes de ma génération, ce n’est pas l’âge qui doit nous unir. Ce n’est pas l’intérêt mesquin qui doit nous souder. C’est cette promesse aux enfants qui doit orienter nos actions, c’est ce regard hautain de l’étranger qui doit fouetter notre orgueil, c’est le symbole de la Citadelle Henry qui doit dessiner nos rêves. Entre l’être et le paraître, nous devons être !

Dr Valéry MOISE

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