Le monde que je veux laisser à la postérité

Crédit Photo: Triptease Tolérance

Crédit Photo: Triptease Tolérance

S’il est un trait commun entre les différentes cultures de notre époque, c’est notre rapport à l’instantanéité. Il semble que le désir le plus partagé c’est de pouvoir montrer et dire en premier, de créer la vague, de faire ‘’ le buzz’’. S’interdire de réfléchir tout haut, d’émettre des pensées abrégées et des paroles précoces, est devenu acte de rébellion et d’héroïsme. Les limites de la liberté d’expression deviennent de plus en plus floues et les temps de réflexion de plus en plus courts. Chacun se place au centre du monde et crée son propre système de valeurs et de mise en valeurs. L’instant engloutit l’éternité et le présent avorte le futur. Au rythme où grandissent notre ego et notre irresponsabilité, il est à se demander si à notre génération ne succèdera que le néant.

Il ne s’agit point ici d’une posture de bien-pensant ou d’une inclination au pessimisme facile. Il ne s’agit pas non plus d’une révolte par rapport à la prédominance de la pensée-minute. C’est plutôt un acte de responsabilité face à ceux qui arrivent, ceux qui sont déjà là et ceux qui doivent nous succéder. Je reconnais qu’il n’est pas évident de penser à l’autre quand sa survie est menacée et de planifier demain quand aujourd’hui n’est pas certain. Cependant, il faut faire attention car tout le piège est là. On dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mêmes conditions. C’est à notre génération de briser le cercle de la misère et de la survie, et donc de maitriser notre destin comme le cavalier maîtrise son cheval. L’essence de notre mérite et de notre gloire est là. Elle réside dans notre volonté de plonger au plus profond de nous-mêmes et de remonter avec les solutions que nous attendions longtemps des autres et que nous cherchions sans succès sous d’autres cieux. Nous valons plus que ce que nous faisons maintenant. Nos meilleurs jours ne sont pas prisonniers de novembre 1803. Il y a parmi cette génération des noms qui sont faits pour marquer le temps, pour rétablir l’Homme dans sa dignité, pour imprimer une marche ascendante à l’humanité et pour transformer le plus petit en un millier.

Je veux que nous laissions un meilleur monde à notre postérité !

Le monde que je veux laisser à ma postérité est un monde où la bêtise n’attire plus la foule. Un monde où le mérite épouse la constance dans l’effort. Un monde où le puissant ne tue plus pour dépouiller le plus faible des richesses de son sous-sol. Un monde où l’enfant puisse regarder ses parents et voir en eux des modèles. Un monde où la justice n’aura point égard à la raison du plus fort. Un monde où l’on accepte l’autre avec sa différence, où l’on n’impose plus le salut par l’épée et la tolérance par l’insulte. Un monde où la sévérité du jugement est remplacée par l’entraide. Un monde où l’on voit l’humain avant le phénotype. Un monde où du Nord au Sud et  de l’Est à l’Ouest les citoyens tendent la main. Un monde où l’on ne regarde pas l’autre à travers les couleurs du drapeau pour le déchoir de sa dignité. Un monde où le nationalisme ne réduit plus le citoyen à un sujet local insensible et réfractaire au progrès universel. Un monde où l’on comprend enfin qu’il n’y a jamais de gagnants à l’issue des guerres ; qui ne perd en matières perd en sentiments. Un monde où chacun comprend et embrasse sa mission sans hiérarchiser les contributions et fragiliser la chaine. Un monde où chaque dirigeant évalue sa capacité avant de prendre les rênes. Un monde où chacun soit conscient de l’empreinte de son individualité sur la collectivité.

Croyez-moi, ce monde est possible. Ce n’est point un rêve futile encore moins une illusion. Il suffit que chacun identifie et réponde à sa voix profonde. Cette petite voix qui parle constamment à notre conscience et dont l’obéissance élève jusqu’à la transcendance.

Le rêve de ce monde ne saurait m’être exclusif car parmi nous il y en a beaucoup qui s’attellent à renverser la vapeur. Rêvons ensemble et posons les actions qui comptent et influencent positivement ! Le monde dans lequel nous vivons est davantage un prêt de la postérité qu’un héritage de nos ancêtres. Ne laissons pas l’enfer à nos enfants !

 

Dr. Valéry Moïse

 

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