Où va le monde ?

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J’ai pris un recul. Pendant un certain temps, j’ai remis en question l’utilité et l’impact de la vulgarisation de mes pensées. Il me révulsait de me pencher sur les mêmes sujets et leurs corollaires, d’agiter les mêmes questions et de soulever les mêmes préoccupations. J’avais l’impression de ruminer, de battre du vent. Je me suis imposé une pause. Le moins évident, cependant, a été de me soustraire aux deux exercices qui ont longtemps influencé ma vie : l’observation et l’analyse. C’est au milieu de cet exercice vital que je me tiens pour adresser à chaque être humain  qui lit ce texte et à quiconque le lira la question suivante : Où va le monde ?

Il peut vous manquer l’intérêt de vous poser cette question, mais je suis sûr que vous éprouvez tous, à des degrés divers, le même pincement de cœur quand vous lisez les nouvelles. Sur les réseaux sociaux, à travers les médias traditionnels, il ne se passe pas un jour sans qu’on ne soit exposé à la bêtise humaine. Ici, on sépare les enfants d’avec leurs parents sur la base de l’irrégularité de leur présence sur un territoire. Là-bas, on extermine son propre peuple parce qu’il ose ne plus accepter les affres de la dictature. Nous sommes parvenus à ce point où il devient urgent, et même pour l’intérêt de la santé publique de créer, un peu partout, des rubriques de ‘’ bonne nouvelle’’. Récemment, j’ai vu un média international faire un reportage sur un enfant de 8 ans prêtant mains fortes à une vieille ayant du mal à gravir un escalier. Tout en saluant la générosité du geste, je n’ai pu m’empêcher de réfléchir à l’hostilité générale qui rend héroïque un acte qui devrait être normal dans un monde civilisé.

Il ne suffit plus maintenant de se borner aux problèmes de son pays. L’internet et les facilités de déplacement exigent une compréhension globale des réalités qui se dessinent autour de nous. Il est donc crucial de se poser la question : Où va le monde ? Pas nécessairement pour le suivre mais pour qu’on soit au moins capable de tracer sa voie en toute conscience. Parce qu’à dire vrai, au rythme où nous dévalons la pente de la sauvagerie et de l’inhumanité, je crains qu’il ne vienne un temps où l’on sera porté à préférer la jungle à la société. N’écarquillez pas les yeux : les animaux ne chassent pas en fonction de la couleur de la peau de leur proie. Pouvons-nous prétendre à la même impartialité, en tant qu’humains ? N’abattons-nous pas en fonction de l’abondance de la mélanine ? Ne fermons-nous pas nos frontières en fonction de la provenance du voyageur ? N’accordons-nous pas la liberté en fonction du taux de testostérone ? N’élevons-nous pas nos religions au-dessus de l’auto-détermination ?

Où va ce monde ? Il est triste de constater que l’humain est devenu tellement dangereux qu’il constitue une menace pour sa propre personne, pour sa propre existence. Pour les besoins de la surconsommation quotidienne, nous détruisons l’environnement qui nous abrite. Nous conduisons vers l’extinction des espèces qui assurent l’équilibre de la chaîne alimentaire. Nous sommes devenus suicidaires. Nous nous tuons à petits feux. La laideur de l’âme collective est telle que certains remettent en question l’envie de procréation. Ils se demandent avec raison s’il serait juste d’introduire un être fragile comme un enfant dans ce monde en décomposition, dans cet environnement de plus en plus toxique. Où va le monde ? Où sont passés notre solidarité et notre bon sens ? Le mot ‘’ solidarité’’, évoqué seul, est devenu vide de sens. Il faut désormais le faire précéder d’un qualificatif (vraie solidarité) pour le revêtir d’une certaine signification.

Où va le monde ? Je ne sais pas. Plus j’y réfléchis, plus cela m’interpelle. Aujourd’hui, l’avenir de l’humanité se joue suivant l’ego de quelques immatures portés au pouvoir à la faveur de la lâcheté ou de l’ignorance collective. Je ne suis pas Dieu. Je ne peux pas ramener ce qui autrefois nous garantissait un climat apaisé à défaut d’un environnement fraternel.

Si je prends le temps d’exposer le thermomètre au regard de chacun de nous, ce n’est point parce que je désespère. Je ne hoche pas les épaules, je ne baisse pas les bras. Mais je sais qu’en chacun de nous brille, ne serait-ce que faiblement, une étincelle de volonté et d’intelligence supérieure. C’est à l’augmentation de l’éclat de celle-là que je fais appel en ce temps où la bêtise éclipse de plus en plus la raison et la charité : Où veux-tu conduire ce monde ?

 

Dr. Valéry Moїse et Lyne-Stéphanie Moїse

 

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