Combien de faux épis voulons-nous dans la moisson?

Comme presque toujours, l’actualité glisse à la surface des faits divers.  Dilatoires entre acteurs en mal de légitimité par-ci, histoire de cul par-là. Et entre les maux infinis, des lycéens sont dans les rues laissant vides les bancs de l’école qui épousent alors l’aspect des poches des enseignants. Pourtant l’optimisme est encore le crédo. A travers  les lunettes Hi-Tech de Google, le premier ministre voit « Ayiti ap vanse » (Haïti avance). L’éducation est de nouveau la priorité du gouvernement qui ignore autant le nombre d’établissements scolaires fonctionnant dans le pays qu’il connait le nombre de nouveaux scolarisés grâce aux subventions de l’Etat. Le temps est triste et inquiète. Le soleil devient timide. La terre bouge et secoue tout sauf la conscience nationale. Pourtant, l’heure est au carnaval !

S’il a fallu, faute de budget, retarder d’un mois la rentrée des classes, ce ne sera apparemment pas le cas pour le carnaval. Ce n’est point parce que l’état accorde plus d’importances aux festivités populaires, encore moins parce que le corps suit l’orientation de la  la tête  mais à cause de l’abondance et de la disponibilité de l’expertise  pour cette activité qui devient l’un des traits distinctifs de l’Haïti-rose.

Depuis deux semaines,  en observant les êtres mus par les désir-pesanteurs défiler dans les rues, j’ai compris qu’est arrivée la période où les masques vont révéler les vrais visages. Déjà, la morale se prépare à entrer en hibernation.  Des contentieux s’impatientent d’être vidés dans le sang.  La possibilité va être donnée au citoyen superficiel d’échapper aux interrogations quotidiennes de son existence. Mais aux convulsions des énergies dégradées, succéderont à coup sûr les soucis de la vraie vie. Ceux auxquels on n’échappe pas pour longtemps et qui  n’admettent  point l’économie de pensées.

Personne, aussi aigu que puisse être son sens de responsabilité, ne peut nier le droit aux loisirs d’un peuple. Et l’on tendrait avec raison à croire que celui-ci devrait gagner en intensité ce que le labeur a pris en durabilité et rudesse. Cependant, pour peu que l’on regarde le PIB haïtien, le taux de chômage et la médiocre performance du produit scolaire, on ne pourra s’empêcher  de questionner l’engagement de l’haïtien dans la construction de son futur. Un futur que l’on croit pouvoir ravir à l’obscur et dévier de la décadence à coup de slogans et de paroles oiseuses. Si la propagande grossière s’imprime facilement dans les esprits peu exercés, elle demeure encore impuissante à changer les faits.

De plus en plus, on se rend compte que notre vulnérabilité est entretenue pour renforcer les comptes bancaires  des faux samaritains d’ici et d’ailleurs. Nos bergers, paradoxalement, sont honorés par les loups  pendant que le troupeau s’amenuise. Il semble que le danger est trop grand et trop près de nos yeux pour qu’on puisse le voir !

Jeunesse de mon pays, vous qui représentez la majorité démographique. Vous  qui avez échappé au système « cérébrophage », engagez-vous !  Pas seulement dans le sens de ces impulsifs opportunistes qui veulent briguer des postes politiques sans agenda, sans honnêteté et sans support économique valable mais surtout engagez-vous dans la voie étroite.  La voie où la charité bien ordonnée, commence par soi-même, la voie de la prédication de l’exemple par l’exemple, la voie de l’entrepreneuriat social, la voie de l’apprentissage avant le commandement, la voie de la transparence, la voie de l’excellence, la voie du mérite, la voie du dialogue franc, la voie du renoncement  à la gloutonnerie individualiste. Car, je vous préviens,  si vous continuez à vous comporter en ambassadeur de la médiocrité et de la corruption d’une certaine jeunesse, les murs parleront et les linges sales se laveront sur la place publique. Le Nazaréen n’aura même pas le temps de tracer par terre que la première pierre sera jetée contre vous. Indignez-vous, bousculez l’inacceptable, jouissez de l’inflexibilité de vos jugements avant que le chêne devienne roseau. Qu’il en soit ainsi !

Dr Valéry Moise

 

 

 

2 Commentaires

  1. C’est la dégénérescence du système scolaire à tous les niveaux. Ce qui devrait être un vrai programme pour l’éducation, est plutôt noyé dans l’océan de la propagande et du blanchiment de l’argent. Ce qui se passe actuelle est inquiétant. Parce qu’aucune société n’est appelée à progresser sans un investissement réel dans le système éducatif.

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