De ces prisons, Mandela sortirait dieu ou rien du tout !

À côté, et peut-être même au-delà des règles de conduite personnelle, il y a les lois que personne n’est censé ignorer et sous le joug desquelles tous doivent se soumettre. Du législateur au plus vulgaire des quidams. C’est en vertu de ce principe que Nelson Mandela s’était vu offrir une place non désirée en marge de la vie sociale.

Tout en se laissant couler dans le creuset des plus puissants, les lois se permettent toujours la grossière moquerie de prétendre protéger les plus faibles. D’abord d’eux-mêmes et de leurs envies mal placées, ensuite de l’avidité des plus forts. Mais comme rien ne peut exister sans son contraire, il est des sociétés où les lois se placent au-dessous des caprices sans cesse changeants de certains citoyens. Proches du pouvoir en place dans la plupart des cas. Ils décident alors de ce qui est légal ou condamnable. Ainsi, est-il commode que les déviants par rapport aux principes de l’arbitraire, de l’injustice, de l’animalité, de l’exploitation se révèlent être dignes d’un seul mérite : la prison.

En Haïti, ce que nous appelons « prison » a de commun avec les autres que le nom. Tout le reste n’est que particularité. Singularité, dirais-je. Aussi loin de l’illégalité qu’on s’ingénie à poser, il peut toujours exister une voie magique menant à la porte trop accueillante de nos prisons. Lieu où les procédures de remise en liberté sont semblables à un bout d’entonnoir. Toujours très restreintes.

Mais pire que l’aspect aléatoire des circonstances de dépôt, il y a les conditions infrahumaines de détention. Le surpeuplement, les châtiments corporels, la carence de nourriture, l’absence d’hygiène, la privation de visites et les violences et perversions sexuelles constituent les principales politiques appliquées par nos centres de détention. Et c’est par le truchement de ces éclipses d’humanité que brillent les plus répréhensibles actes de violence. Violence qui distingue, qui procure respect, qui accorde faveur et qui prédispose à la libération en période pré-électorale. Vous comprenez la logique !

Quand les prisons cessent de répondre à leurs vocations de neutralisation, d’isolement et de réhabilitation du fautif, elles se transforment alors en bouillon de culture propice à la pullulation de tous les actes de banditisme.

Ici, par voie de conséquence, nous fabriquons des monstres que les jungles les plus barbares seraient incapables de contenir. Ici, seuls les attributs divins permettraient à Mandela de triompher des assauts du désir de vengeance. Sinon il ne serait rien. Pas plus qu’une loque humaine. A peine serait-il un élément rongé de maladies et rempli de rancœurs prêt à dévorer tout ce qui lui rappelle, un tant soit peu, les horreurs de l’injustice.

Alors mes chers concitoyens, comprenez que la bêtise est toujours insistante et métastatique. N’attendez pas que la peste s’abatte sur vous ou un membre de votre famille pour dénoncer l’inacceptable. Car, chez nous, quand Madame Justice se bande les yeux, ce n’est point pour ne pas avoir égard à l’apparence, mais pour s’assurer d’une conscience tranquille et se dédouaner quand elle accorde à l’innocent, la place qui revient au coupable.

Dr Valéry Moise

lyvera7@yahoo.fr

8 Commentaires

  1. Mon ami, permets-moi d’abord de féliciter ton style et ton vocabulaire une dernière fois. Je ne trouve plus comment te complimenter, à force de me répéter.

    Ensuite, je te fais remarquer que ce n’est point par ignorance que nos prisons n’en sont point. C’est simplement par mépris du peuple. Lorsqu’il s’agit d’héberger certains notables, elles peuvent même afficher du luxe.

  2. Superbe article, bro. Tu as, une fois de plus, attire notre attention sur l’un des maux rongeant notre pays. Et tu l’as fait avec le panache associe a tes ecrits. Well done!

  3. Le scandale humain des prisons à Haiti est une réalité qui se vit aussi au Togo, bref en Afrique. Un scandale bien relaté dans un billet soigné.

  4. Les mots disent la chose, l’image montre la chose, la terrible chose. c’est hélas le lot des prisons du tiers monde. Elles sont déshumanisantes et au lieu de voir les détenus s’amender ils deviennent des monstres. c’est triste. Esperons que la situation un jour va changer.

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