Haïti : l’art de flotter sur l’abîme !

Tightrope walker businessman

Parmi ceux qui croient que le hasard n’existe pas, il y a des partisans de la fatalité et des fervents de la causalité. Pour ma part, je ne sais à quoi attribuer ma présence ce soir, sur la place du Cap-Haitien, juste en face de la statue érigée en l’honneur de Jean-Jacques Dessalines. Tout ce dont je suis conscient, c’est qu’entre les deux monuments que sont la Cathédrale et la Statue, j’ai délibérément choisi de tourner ma face vers le Fondateur de la patrie. Du haut de son piédestal, l’effigie de Dessalines, éclairée par deux projecteurs, me domine et cache mal un voile de poussière témoignant de l’insalubrité grandissante de la ville. Ce voile de poussière est un élément à la fois réel et symbolique qui me rappelle la vanité de la vie et le drame de la politique en Haïti.

 

Ils ne sont que trop nombreux ceux qui aspirent à prendre les rênes du pouvoir. La plupart le conçoivent sans responsabilité et beaucoup sont déjà impatients d’en jouir les privilèges. Pour peu qu’on y prête attention, on se rend compte qu’il y a plus de photos que de candidats, plus de candidats que de partis, plus de partis que d’idéologies, plus d’idéologies que de programmes et plus de programmes que de contenus. Une fois de plus, une fois de trop, les votants ne vont devoir choisir qu’entre le pire et le mauvais. Ici et là, c’est la même mascarade, la même inconscience, le même manque de substance et, qu’on ne me tienne pas rigueur sur ce point, les mêmes troubles mentaux.

 

La période préélectorale a l’avantage de révéler notre mal profond. Nous sommes un peuple de résignés, de complices et d’amnésiques qui se fait diriger par des fous. Qui s’occupe de la santé mentale de nos gouvernants ? Combien parmi eux souffrent de schizophrénie, de paranoïa, de psychose maniaco-dépressive?

 

Récemment, sous l’influence probable des substances qui l’ont aidé à passer toute sa vie en marge de la dignité, le premier citoyen du pays a vociféré des insanités, dont seul, il détient l’exclusivité. Tout le monde est alors monté au créneau pour crier au scandale et le monde virtuel fut le théâtre d’une immense vague d’indignation. Les offusqués, hier favorables au règne de la sans vergogne, ont préféré taire la question de la santé mentale du résident et son inaptitude à diriger. Et comme pour porter au comble l’indécence, il s’en est pris,  il y a moins d’une semaine, à une brave femme, authentique fille de Dessalines, qui avait osé questionner son bilan cosmétique. À une question qui sollicitait intelligence et bon sens, il a répondu par tout ce qu’il a et qui a constitué la trame de toute sa vie : la référence sexuelle.

 

Avec les violeurs, les géniteurs irresponsables et les valeurs culturelles négatives, il n’a jamais été facile d’être femme en Haïti. Il a toujours eu de ces fumiers, de ces scélérats qui pensent pouvoir empoisonner, de leurs baves vénéneuses, la vie de celles qui constituent le moteur et le noyau de notre terre.

 

Cette éclipse de la raison et de la compétence nous fait voir combien nous planons sur l’abîme et combien il est important de briser ce cycle. Le dieu que nous avons créé à notre image et à notre ressemblance,  qui n’agrée  que les requêtes présentées avec des billets de mille gourdes, ne nous sera d’aucune utilité. Le vaudou-sorcellerie non plus. Nous devons arrêter de vendre nos votes ! Il nous faut  parier sur le long terme et cesser de nous prosterner face aux exigences de la survie quotidienne. L’héroïsme maintenant requiert une autre approche axée sur la prise de risques pour la création de richesse et le bannissement du décrochage scolaire. Et par-dessus tout, nous devons nous efforcer de cultiver le respect de l’autre, même ceux qui avancent à reculons dans le règne animal.

 

Dr Valéry MOISE, lyvera7@yahoo.fr

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