Que devra-t-on laisser de la femme?

Crédit Photo: Planet Haiti

Crédit Photo: Planet Haiti

Soyez indulgents et ne me tenez pas rigueur par rapport au titre de cet article qui pourrait, implicitement, faire supposer que la femme n’est que spectatrice dans les décisions qui la concernent. La question aurait pu tout aussi être :  » Que restera-t-il de la femme » ? Mais à la fatalité que renverrait cette dernière, nous préférons le risque du premier malentendu.

Il n’y a pas longtemps que la place assignée à la femme tant au niveau des religions que de la politique était sévèrement restreinte. Elle n’était vue et traitée que comme un accessoire. Un instrument de reproduction. Un outil de plaisir. Il n’y a pas longtemps non plus depuis que la femme a commencé à revendiquer ses droits, à imposer sa voix et à faire respecter ses choix. Si au niveau de certaines religions, elle continue à n’être qu’une côte d’Adam, que la complice du serpent et donc l’être faible et perfide duquel il faut se protéger ; au niveau de la politique mondiale et des affaires, elle prend de la place et on admet de plus en plus que c’est pour le bonheur de l’humanité.

Un bonheur qu’Haïti se refuse et duquel elle se soustrait vu la configuration de la nouvelle législature et considérant les musiques en vogue auprès de la grande majorité de la jeunesse. En effet, à la faveur d’une de ces fugues de ma zone de confort que je m’autorise  de temps en temps, je me suis rendu compte  de la pauvreté, que dis-je, de la trivialité des textes de la plupart des « jeunes artistes ». On cherchera longtemps ce qui est artistique dans leur production, on ne trouvera que des avortements de pensée. J’ai écouté 5 musiques interminables et pas une fois, pas une seule n’a traité la femme avec respect. Il y a lieu d’avoir peur, raison de trembler et matière à préoccupation.

Je concède que l’indignation par rapport à la banalisation généralisée n’est pas une attitude à la mode. De nos jours, pour tout ce qui est médiocre, l’indifférence cède la place à la tolérance. L’instinct grivois brille de tout son éclat. L’indécence éclipse le bon sens. L’absurdité séduit ses propres victimes. Les femmes se traitent de Wana, Timamoun et les plus vulnérables en sont fières ! Elles sont loin de se rendre compte qu’elles sont en train de nourrir les vers qui dévoreront leurs propres fruits. La plupart se complaisent dans les propos qui les dénigrent et oublient que les rapports humains ne s’improvisent pas. Ils se construisent ou pourrissent. En détruisant la femme, on annihile la mère, on hypothèque l’avenir de l’enfant, on pervertit le citoyen, on appauvrit le pays et on installe le cycle de la précarité. La précarité enfante la violence et désamorce l’éducation. On ne touche pas impunément à la dignité de la femme !

La femme haïtienne authentique, on le répète souvent sans le comprendre, est le rempart de la paysannerie et donc le moteur du pays. Elle est cette espèce qui fait cohabiter l’abnégation maternelle avec la sécurité paternelle trop souvent absente. Elle est la tête qui promène les rêves de l’enfant et la main qui lui trace sa voie. Elle est souvent l’épaule illettrée qui propulse sa progéniture vers les plus grandes académies de science et de culture. Elle est cette source de sagesse, cette éponge qui absorbe les déceptions pour en faire sortir des éblouissements. Voilà le statut qu’on doit rendre imperméable aux grivoiseries ; voilà ce qu’on devra garder de la femme !

Dr Valéry MOISE

 

 

3 Commentaires

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *