Réflexions de Valéry
Article : Le défi d’être haïtien…
Sociale
17
20 février 2015

Le défi d’être haïtien…

Le défi n’est pas nouveau. Il est lié à la variété raciale à laquelle appartient l’Haïtien et à son histoire. Le monde moderne ne s’est jamais résolu d’accorder le pardon à l’Haïtien pour son double péché d’être noir et d’avoir renversé l’ordre esclavagiste. Du moins tel qu’il a été initialement conçu et basé sur la déshumanisation brutale et violente de la variété noire. Depuis lors, les pitoyables instruments du mal se sont ingéniés à trouver d’autres moyens plus subtils, mais non moins efficaces et cyniques.

Au nombre des affreux mécanismes mis en œuvre pour rendre impossible l’existence dans la dignité de l’Haïtien, nous comptons, entre autres, l’embargo international de l’après 1804, l’occupation américaine de 1915 et récemment l’invasion onusienne de 2004.

S’il est évident qu’il existe des étaux externes toujours prêts à nous comprimer jusqu’à la moelle pour nous enlever notre humanité, nous devons aussi reconnaître que la complicité interne ne se fait jamais prier. L’histoire nationale ne tarit pas de Conzé (1). Ils sont militaires, médecins, prêtres, avocats, intellectuels, professeurs d’université et depuis récemment artistes et législateurs. Ils se prêtent tous, pour le prix le plus vil, à la comédie animale du colonisateur qui a seulement changé de stratégies, mais poursuit encore le même objectif.

Le 11 février 2015, dans un sursaut d’inhumanité collectif, des Dominicains ont brutalement assassiné puis pendu sur une place publique de Santiago un ressortissant haïtien. Cet acte d’un barbarisme rare est survenu dans un contexte général de campagne anti-haïtienne, de cambriolage en plein jour du domicile de l’ambassadeur haïtien en République dominicaine et de piétinement haineux et récurrent du drapeau haïtien. Cette horreur susceptible de faire trembler d’effroi le plus sadique des animaux fait partie du train quotidien de Haïtiens vivant en République dominicaine. Ils sont tous les jours pourchassés et battus comme des chiens. Paradoxalement, ils font la queue et se bousculent pour traverser en territoire voisin. À la vie d’ici, ils préfèrent l’enfer de l’autre côté. Mais pourquoi ? Illusion ? Dégoût ? Instinct suicidaire ?

Non, ils s’offrent en martyr ! Ils bravent la mort indigne, cruelle et publique pour ressusciter notre conscience. Nous qui sommes entrepreneurs, gouvernants, élites et directeurs d’opinions. Nous qui avons perdu le sens de l’essentiel et gaspillons toute notre énergie dans des luttes fratricides pour des lentilles. Nous qui avons malheureusement oublié qu’être haïtien dans ce monde de consommation est un défi.

Le défi n’est pas nouveau, disions-nous. Mais il requiert de nouvelles approches et de nouvelles stratégies. Les sacrifiés n’ont que faire de nos remords fugaces, nos rages impulsives et pire encore nos discours creux et vains invitant les autorités d’ici ou d’ailleurs à prendre leur responsabilité. La communauté internationale, pour sa part, se fout de notre gueule de pauvres et de nègres ! Tant que nous ne nous efforcerons pas de mériter le respect par le progrès économique et social, nous ne serons le bienvenu nulle part. Tant que nous laisserons la politique à des cancres et des intellectuels sans état d’âme qui ne jurent que par l’argent, la vie de nos citoyens ne vaudra pas celle d’un ver de terre.

Je suis profondément consterné par la répétition de ces affronts. Mais au lieu de m’en prendre à ces fous furieux, je préfère me tourner vers mes frères et les inviter à entrer dans des réflexions intenses autour du redressement de notre situation de misère. Nous devons parvenir au mépris de la République dominicaine. Mais, ce résultat passe d’abord par le réveil de la conscience nationale, la réforme de notre système éducatif, le choix d’un système économique viable et adapté, la codification et la valorisation des métiers techniques et intermédiaires, le renforcement de la justice et finalement la modernisation de la politique. Être ayisyen, est un défi qui nécessite qu’on se résolve à ne compter que sur soi-même, à avancer malgré l’adversité, à ne pas perdre foi en un lendemain meilleur et surtout à ne s’autoriser le loisir qu’après le travail rigoureusement accompli. Depi fèy la tonbe nan dlo, l’ap pouri kanmenm, jou va jou vyen !(2)

1- Traître ayant livré Charlemagne Péralte aux Américains

2- Le pourrissement suit toujours la feuille tombée dans l’eau, un jour succède à un autre.

 

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

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Article : La jeunesse et la politique en Haïti
Politique
2
27 janvier 2015

La jeunesse et la politique en Haïti

Pour être honnête, la jeunesse haïtienne n’est homogène et n’autorise le pronom défini que dans le titre de ce texte. Si la vérité devait être rigoureusement honorée, la formulation la plus appropriée serait « Les jeunes et la politique en Haïti ».

Il me parait superflu de m’arrêter sur l’importance démographique des jeunes en Haïti. Le plus novice des politiciens décèle sans peine que c’est le premier refrain à mémoriser dans le cadre des campagnes électorales. Ensuite viendront les incontournables chansons d’accompagnement des paysans et la relance agricole. Et comme pour tendre un pont entre la parole et l’acte, quelques sacs de riz importés sont généreusement distribués aux paysans auprès de qui le vote est marchandé. Ce n’est pas chez nous que le ridicule va commencer par tuer !

Ici, il existe une option honorable au chômage et au désir d’enrichissement rapide et illicite : La Politique. Et le cheval de bataille reste inchangé à travers le temps : La jeunesse. Une jeunesse qui sert de slogan et qu’on s’efforce de maintenir dans la mendicité et la corruption. Une jeunesse peu à peu transformée en objets sexuels et instruments de violence. Une jeunesse fanatique détestant les livres et l’effort. Une jeunesse à qui échappent les vertus de la patience. L’heure est désormais venue pour l’opération de grands changements. La politique doit devenir une sphère réservée au plus capable ayant le sens du don de soi et de la primauté des intérêts de la Nation. De même que la jeunesse doit se faire l’obligation d’apprendre, d’observer, de se concerter, de s’entrainer dans la réalisation de projets communautaires avant de s’engager dans la chose publique. Ce n’est point parce que les ennemis du pays sont puissants qu’ils parviennent à garder la majorité dans cet état de crasse et d’indignité. Quand il y aura moins de barrières et de préjugés négatifs entre les jeunes ruraux et urbains, moins de méfiance entre les jeunes leaders, plus de transparence, d’honnêteté et d’esprit de service, les monstres disparaitront d’eux-mêmes. Mais tant que chaque jeune rescapé de la misère et de l’ignorance se prend pour un dieu capable de changer un système pourri à lui tout seul, tant que nous serons dans les rues pour crier ‘’Vive ou A Bas’’, nous demeurerons à la fois complices et artisans de nos malheurs.

La République n’a pas besoin de super héros mais de vrais citoyens laborieux conscients de leur mission historique. Aussi, le champ de la politique n’est-il pas le seul à devoir être alimenté en de meilleures semences. Soyons des éducateurs responsables, des entrepreneurs avisés, des professionnels compétitifs et créatifs, des acteurs valables de la société civile, des exemples vivants et le reste suivra. Quand le peuple sera suffisamment instruit, quand il travaillera et paiera des taxes, il demandera alors des comptes et il saura qui est réellement dans son intérêt. Ne combattons pas les discours mais les réalités qui leur permettent l’existence.

Jeunes de mon pays, vous qui constituez l’élite intellectuelle et économique, que vous soyez dans la diaspora ou l’amère patrie, vous avez une chance inouïe d’écrire de nouvelles pages d’histoire avec vos noms inscrits en lettres d’or et de gloire. Reconstituez l’itinéraire de vos parcours, comprenez pourquoi vous êtes encore à ce stade, découvrez pourquoi vous hésitez à éprouver de la fierté d’être haïtien et étonnez-vous, étonnez le monde !

 

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

 

 

 

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Article : La colonisation dont Haïti devra se défaire
Politique
7
15 décembre 2014

La colonisation dont Haïti devra se défaire

Haïti est un pays de paradoxes. Le seul à n’avoir pas attendu d’être pubère pour enfanter la liberté des nègres. Quand le Noir était animal inférieur, le travail synonyme de corvée, l’oisif moissonneur, il était le porte-étendard du respect de la dignité humaine indépendamment de sa variété raciale. Mais 210 ans plus tard, nous sommes obligés d’admettre que nos lauriers contenaient le germe d’un poison mortel : l’exceptionnalisme.

Ce mode de pensée qui veut croire que l’Haïtien est un être exceptionnel. N’en déplaise à beaucoup, nous ne le sommes pas ! On n’est pas exceptionnel parce que des ancêtres ont accompli des prouesses extraordinaires. Tout peuple, indépendamment de son histoire, de son origine et de la richesse naturelle de son territoire, est soumis aux mêmes exigences de l’éducation, du travail et de la justice pour accéder aux sommets du progrès collectif. Et comme disait notre éminent Anténor Firmin, chaque être a ici-bas des conditions en dehors desquelles il lui est incapable d’accomplir sa destinée. Pendant longtemps nous nous sommes leurrés. Nous nous sommes posés en exception de toutes les règles pourtant immuables et intemporelles.

Nous avons choisi la trahison et l’individualisme quand l’union faisait notre force, nous avons célébré l’obscurantisme quand la lumière nous montrait la voie de la gloire. Pendant longtemps et aujourd’hui encore nous engageons des aveugles comme guide infaillible. Nous ouvrons nos portes à la démocratie, mais nous fermons nos esprits aux débats contradictoires. La démocratie n’est pas un slogan. Elle comporte un ensemble d’exigences et de privilèges incompatibles avec l’inculture et l’intolérance. C’est de cette ultime colonisation dont Haïti a besoin de se défaire. On n’élève pas les trônes d’une nation solide sur l’éducation abrégée et le fanatisme.

Haïti a besoin d’honorer la voix de la compétence et de la scientificité.  Le peuple doit s’efforcer de s’élever à ce niveau où est nette la distinction entre le progrès virtuel et réel, le souhait et le fait, l’image et la réalité. Trop longtemps nous nous sommes servis de l’aune du pire. Entre le pire et le mauvais, nous devons arrêter de choisir et exiger le bon à défaut du meilleur. Car comme disait Lévi : « La nature porte les imparfaits à s’entre-déchirer et la guerre est le résultat équilibrant de l’égoïsme féroce des amours des hommes et des nations ». Changeons le mal bien, élevons le bien au mieux !

Dr Valéry Moise

Email : lyvera7@yahoo.fr

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Article : Quand la jeunesse donne de l’élan à l’espoir…
Sociale
2
22 novembre 2014

Quand la jeunesse donne de l’élan à l’espoir…

Ils étaient venus de partout. Ce matin du samedi 15 novembre était pour beaucoup un pas en dehors de la zone de confort, un bond dans l’inconnu et une aventure dont seul l’égrènement des heures allait permettre de définir. Leurs points communs étaient la jeunesse et la volonté d’engager des discussions autour de quatre thèmes : Education, Environnement, Entrepreneuriat et Coopération Internationale. Cet appel au rassemblement et à l’engagement était parti du groupe Echo-Haïti, une organisation de jeunes  à but non lucratif qui a osé défier l’utopie en lançant le projet Elan-Haïti. Un projet singulier dans sa démarche, son approche, sa vision et sa mise en œuvre. Elan-Haïti est d’abord cette capacité de reconnaitre le mérite des autres et de le mettre en valeur. Il est ensuite ce remède aux paroles et promesses oiseuses qui caractérisent notre temps. Il est un point d’intersection entre la volonté exprimée et l’action engagée. On me pardonnera de célébrer la victoire avant la fin de la guerre, mais, après tout ce que je viens de vivre du 15 au 18 novembre dans le cadre de ce symposium international, je suis en droit de vanter le fruit déjà  présent dans la fleur.

Crédit photo: Elan Haiti 2014
Crédit photo: Elan Haiti 2014 : Panel sur la Coopération Internationale

De tous les remparts contre le désespoir en Haïti, il n’y a qu’un seul qui tienne encore : La jeunesse. Cette jeunesse qui refuse la facilité, cette jeunesse sourde au découragement, cette jeunesse qui se renforce à chaque chute, cette jeunesse qui n’est pas majoritaire mais qui s’implique, se responsabilise. La fin du symposium a vu l’accouchement de 4 projets qui constituent le ciment qui empêchera la dispersion de cette énergie dont la jeunesse présente a fait preuve. C’est aussi l’occasion pour moi de remercier tous nos frères et sœurs étrangers qui ont bravé les interdits et la conspiration anti-haïtienne pour venir prendre part à cet évènement. Notre hospitalité leur est garantie à jamais. Dans le petit village qu’est devenu le monde, le bien-être, la paix, la prospérité, l’humanisme, l’entraide, la tolérance doivent devenir un leitmotiv commun. Que Dieu renforce la jeunesse et bénisse Ayiti !   Dr Valéry MOISE lyvera7@yahoo.fr

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Article : À l’écoute des étoiles…
Sociale
0
24 octobre 2014

À l’écoute des étoiles…

Il était loin de se douter que le décor était planté pour ce dialogue silencieux où le mot quel qu’il soit aurait été de trop. Seul, à la faveur d’une de ces coupures d’électricité un peu trop familières, il scrutait l’horizon. En quête de perspectives, de réponses et de paix. Pour rendre hommage à la vérité, les fardeaux de son pays et de sa génération pesaient particulièrement lourd, ce soir-là, sur son esprit de citoyen conscient et engagé. Il se demandait pourquoi !

Pourquoi sa terre tardait à faire renaître un Henry Christophe, un Anténor Firmin, un Charlemagne Péralte, un Rosalvo Bobo, un Emile St-Lot ? Pourquoi, malgré les multiples répétitions, son peuple ne parvient pas encore à assimiler l’essence de sa devise l’union fait la force ?  Pourquoi, malgré ses richesses, occultées et officiellement admises, Ayiti ne refuse d’être une terre d’honnêtes opportunités pour ses fils ? Pourquoi la plupart des Haïtiens ne brillent qu’à l’extérieur ? Pourquoi la sphère politique, domaine préalablement si noble et si important, est-elle devenue un repère de bandits, de scélérats, d’apatrides qui ne respirent qu’individualisme et corruption ? A peine allait-il être submergé par les flots du désespoir que ses yeux, on ne sait par quelle magie, ont été portés vers le ciel.

Dans un silence audible par lui seul, s’entama alors un monologue étrange. Un monologue qui semblait venir à la fois des étoiles et des entrailles de la Terre. Il était question d’espoir, de courage, de patience et de persévérance. Il disait que tous les grands progrès sont les œuvres d’humains laborieux qui ont osé rêver et défier le doute. Il y était reconnu que les nations développées n’étaient pas tombées du ciel, et qu’elles aussi ont eu leurs périodes de tâtonnement dans les ténèbres, jusqu’à ce que des citoyens conscients aient fait briller la Grande Lumière cachée au fond d’eux-mêmes. C’était un monologue étrange où il était aussi question d’aveux. Aveu qu’Haïti n’est pas un territoire maudit des dieux, mais un pays habité par des individus irresponsables, réfractaires à la raison et l’engagement citoyen, qui ne font pas honneur à leurs illustres ancêtres. À ceux-là qui avaient rétabli la dignité humaine de toute une race que des exécrables avaient choisie pour être des parias, des bêtes de somme. À ceux-là qui sont sortis des gouffres de l’inhumanité pour se dresser face au soleil.

Ce témoignage était trop beau. Il avait besoin de fermer ses paupières pour contempler de l’intérieur le parcours épique de ceux auxquels il succède de plusieurs générations. C’est alors que l’étoile la plus brillante, pour porter au comble son émotion, avoue, un peu gênée,  qu’elle était jalouse de tant de prouesses.

Reconnaissant et perplexe, le jeune professionnel se leva avec la détermination d’améliorer tout ce qui est soumis à son pouvoir, ne serait-ce que sa vision du monde et de son pays. Une fois debout, comme une invitation à l’action, comme une révolte face au désespoir, cette phrase de son ami Eliphas Lévi, s’imposa en maître absolu à son esprit : ”Dieu donne à chacun dans cette vie un animal à dompter. Les plus favorisés sont ceux qui luttent contre un lion : quelle gloire auront ceux qui n’auront eu à dompter qu’un agneau ?”.

 

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

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Article : Pourvu que cette dictature ne touche pas au sexe !
Sociale
11
29 septembre 2014

Pourvu que cette dictature ne touche pas au sexe !

Il arrive toujours ce moment où la sécurité de sa bulle devient étouffante. Ce moment où un pas dans le vide apparaît comme acte de raison. Ainsi, laisse-t-on sa zone de confort pour aller vers l’autre, lui tendre la main, regarder à travers ses lunettes et accorder une oreille attentive à son histoire.

Alors on se rend compte qu’il n’y a qu’une façon d’embrasser la réalité dans sa globalité et qu’un moyen de modifier le destin : le dialogue intéressé.

Si le mot est facile d’utilisation, sa mise en œuvre ne s’inscrit pas dans la même veine. Dialoguer présuppose un minimum de cultures, de méthodes et de capacité d’élaboration de sa pensée. Voilà l’un des talons d’Achille de la génération à laquelle j’appartiens.

Depuis que certains journaleux et politiciens m’amènent à douter de notre appartenance à la même espèce qu’un Henry Christophe, un Steeve Jobs, un Einstein, un Kagame pour ne citer que ceux-là, j’ai arrêté de prendre ma dose quotidienne de « nouvelles ». La frontière était devenue trop mince entre l’information, la propagande, l’incontinence verbale et la promotion de la médiocratie.

Mais à la faveur de la dictature annoncée et programmée pour le mois de janvier 2015, il m’a paru important de surseoir à mon autocensure et de rencontrer quelques jeunes dans la perspective de recueillir leurs avis.

Je supposais déjà, vu l’accueil triomphal indéfectiblement accordé aux trivialités, qu’une tranche trop importante de notre jeunesse ne s’adonnerait qu’aux banalités. Mais je voulais quand même mettre en doute l’évidence et évaluer combien nous sommes vraiment réfractaires à la science, à la décence, au patriotisme et à l’engagement citoyen. La réponse a été sans équivoque : « Que le pays crève, que la dictature revienne, pourvu qu’on ne touche pas à notre libertinage et nos comportements sexuels dangereux et irresponsables ! »

Ce n’est pas le mal-développement qui détruit les peuples mais l’absence de mémoire collective et la fracture générationnelle. C’est à tort qu’on assimile le jeune âge à l’effervescence pulsionnelle. Dans un pays dévasté comme le nôtre, la jeunesse devrait être  cette catégorie qui ne s’autorise ni désespoir ni répit. Nous ne devons pas nous permettre le suicidaire loisir de ne mobiliser que nos hanches. Aussi devons-nous nous arrêter de nous emballer dans des niaiseries dignes des périodes obscures de la préhistoire. L’Internet est source de richesses et de connaissances, nous gagnerons davantage à y effectuer des recherches et de créer des réseautages utiles plutôt que de rendre célèbres des cancres heureux et de partager des photos et vidéos pornographiques.

Le chaos est à nos portes. Nos destructeurs sont à l’œuvre. Ils ont besoin que nous nous confondons à la nullité pour exécuter leurs sales besognes et assouvir leurs bas instincts. Aujourd’hui, je lance un appel solennel à la frange encore récupérable de la jeunesse. Dépassons les individualités, réunissons-nous, soyons enrichis de nos différences, convergeons nos forces, proposons un plan, et travaillons à sa réalisation comme si nous étions immortels ! Soyons les dignes défenseurs de la liberté et de la dignité humaine ! Et rappelons-nous que la terre est sans cesse mouvante autour de la fosse qu’on creuse pour enterrer la liberté, les fossoyeurs y tombent toujours !

 

Dr Valéry MOISE

Email : lyvera7@yahoo.fr

 

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Article : À ceux qui pleurent…
Philosophique
7
5 septembre 2014

À ceux qui pleurent…

Les lignes qui vont suivre n’ont pas la prétention de s’aligner suivant les fils d’un mouchoir. Pas plus qu’elles ne prétendent pouvoir réussir l’ablation des glandes lacrymales. Elles auront peut-être le mérite de susciter  des regards nouveaux ou mieux d’établir la relativité de ce qui nous déçoit, nous déroute, nous dérange, nous blesse, nous bouscule, nous ronge et, au pire des cas,  nous tue ! Aussi, sentirions-nous utile de savoir qu’elles ont au moins servi de socle aux têtes et aux cœurs favoris des épreuves de la vie auxquels il manquait un peu de repos.

Il est de plus en plus reconnu qu’une échelle de douleur n’a pas la valeur d’un thermomètre. La perception de la douleur varie donc d’un individu à l’autre. Ce qui explique qu’une piqûre de moustique chez l’un suscite les réactions propres à une frappe nucléaire chez l’autre. Mais toute relativité mise à part, il demeure que la mort, la maladie, la séparation, la décadence appellent une émotivité tendant vers l’universel et qui se manifeste le plus souvent par la tristesse et les larmes.

Certains prétendent que la tristesse est souvent l’expression visible d’une peur dissimulée et parfois même inconsciente. Un des promoteurs du pouvoir de l’instant présent, Eckhart Tolle, assimile la peur à une identification au Mental donc au Moi. Mais qu’importe le courant philosophique ou spirituel auquel l’on s’identifie, nous pensons qu’il est valable de considérer la tristesse comme un amenuisement de la foi ponctuelle ou un défaut d’appréciation d’une perspective qui nous dépasse. Nous voulons croire qu’en dépit des contradictions apparentes, le mécanisme de la vie est réglé suivant une logique d’évolution et de perfection. Une intentionnalité harmonisante s’assure de l’importance de l’infime comme de l’infini. L’océan a besoin de la goutte comme la fourmi a besoin de la terre. Et la vie ne remet ses clés de bonheur qu’à ceux qui la voient comme un mouvement d’alternance, d’interdépendance et de confiance.

Les difficultés, même dans leurs pires aspects, ne peuvent avoir le dessus que quand nous cessons de les voir comme des occasions de développer nos ailes, et surtout comme un feu devant permettre à notre or de briller de tout son éclat.

Essayons de changer de perspectives. Suivons la barque à la nage et arrêtons d’opposer la mort à la vie, de réduire l’amour au désir de possession, de substituer passé et futur au présent. Ainsi, osons-nous croire, que le cercueil de la chenille deviendra le berceau du papillon, les affres de la séparation deviendront les ailes de la libération. Il nous semble qu’on nous prend nos bras lorsqu’on nous ôte nos béquilles, mais rappelons-nous que nous sommes les fils de l’Univers et les projets qui sont formés sur nous, sont des projets de Paix et non de malheur.

L’âme n’éteint jamais sa sublime clarté,

Et lorsqu’au changement nature la convie,

Ce n’est jamais la mort, c’est un pas dans la vie,

C’est un progrès de plus dans l’immortalité. (Eliphas Levi)

 

Dr Valéry Moise

lyvera7@yahoo.fr

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Article : Soyez parents si c’est votre métier !
Sociale
12
31 juillet 2014

Soyez parents si c’est votre métier !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le monde semble être imperturbable dans sa marche vers la consécration du négligeable et la banalisation de l’essentiel. Là des enfants sont gazés, peu de voix s’élèvent, ici l’anniversaire de naissance de l’héritier d’un certain trône suffit à mobiliser l’énergie de mille volcans. La mode épouse l’indécence, la cacophonie détrône la symphonie et les écrans remplacent les visages. Dans cet univers tumultueux où les belligérants partent sans cesse à la chasse des rares îlots de paix, les maladies livrent une concurrence farouche aux meilleures avancées scientifiques. Elles deviennent foudroyantes et rapidement envahissantes. Par rapport à ces tristes constats, nombreuses sont les questions adressées mais peu d’interlocuteurs s’arrêtent. La conjugaison est bloquée à la première personne du singulier : Je.

Je ne suis pour rien dans l’injustice qui ronge le monde, je n’ai pas déclenché ces guerres qui fauchent des enfants en plein terrain de jeu, je suis loin de l’Ebola, j’ai aussi mon lot pour faire bref.

On cherche dans les conséquences la solution aux causes. On dilapide des fonds colossaux pour passer des heures dans des réunions où tout ce que l’on parvient à faire est de remplacer un mot par un autre pensant par là changer la dure réalité des populations. Je vous le dis en vérité, tant qu’on ne reviendra pas à l’unité fonctionnelle de toute société, tant qu’on ne revalorisera pas l’équilibre familial, tant qu’on ne pèsera  suffisamment pas la portée du mot « Parents », on va continuer à se foutre le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

J’accuse la famille désintégrée et la religion fanatique. J’accuse les géniteurs irresponsables et les prédicateurs imposant le salut de leur Dieu à coup de baïonnettes et de bombes. J’accuse l’école qui crée des gagnants qu’on glorifie au détriment des perdants qu’on détruit au lieu de les réhabiliter.

Je le répéterai jusqu’à ce qu’on l’intègre : « Les premières années durent toute la vie ». Le changement prôné ne sera accouché ni des sommets, ni des conventions, ni des résolutions stériles des pompeuses organisations internationales mais par la révision et l’amélioration de l’éducation de nos enfants. Le roi Salomon, dans un magnifique élan de sagesse, l’avait dit et je cite : « Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas ».

Apprenez à l’enfant que la violence n’est jamais justifiée, que la différence est la norme, que toute vérité est relative, que l’intolérance est criminelle, que les biens matériels sont illusoires et éphémères, que toute vie est sacrée, et que le bien-être réside dans l’équilibre et le mouvement.

Être parent doit devenir un métier et un droit dont seul l’accomplissement des devoirs permet la jouissance. Il est destructeur de confier à un mal voyant qui tourne son voile suivant le vent du quotidien, le destin d’une âme dont l’énergie est bouillonnante et pas suffisamment canalisée. Par contre, on doit évidemment reconnaître que des politiques font tout ce qui est leur pouvoir pour garantir l’usage des prisons. Quand ils augmentent les heures de travail et diminuent parallèlement les salaires, ils volent aux enfants le temps d’un échange fructueux avec leurs parents, ils substituent l’influence néfaste des gangs prédateurs aux conseils familiaux et contribuent à l’alimentation des comportements marginaux subséquents à des épisodes chroniques de dépression.

À l’heure où l’Internet amenuise de plus en plus les frontières, la procréation doit être plus que l’expression de deux cœurs qui s’emballent, pour intégrer l’union de deux têtes qui pensent et de deux épaules qui se soudent pour planifier et exécuter un projet d’éducation tenant compte de tous les enjeux du monde et de toute la complicité de cette tâche. Soyez parents si c’est votre métier !

Dr Valéry Moise

lyvera7@yahoo.fr

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Article : Pour rappeler à la Digicel que l’enfer haïtien regorge de dieux déchus
Sociale
25
25 juin 2014

Pour rappeler à la Digicel que l’enfer haïtien regorge de dieux déchus

Si le succès fulgurant était bon pédagogue et la mémoire fidèle, je ne serais pas en train de rendre ce service gratuit à la Digicel. Après avoir eu le grand mérite d’introduire la téléphonie mobile en Haïti, la Haitel, compagnie maintenant défunte, avait la maladresse de mordre à l’hameçon du capitalisme anthropophage. Au lieu de démocratiser cette facilité de communication, elle avait préféré offrir aux riches et aux arrogants rescapés de la pauvreté, le loisir de nourrir plus de vaine prétention en tenant un cellulaire. Vendu aux pris d’or à ce moment là. Et comme pour porter un toast à l’injustice et à l’abus, les appels entrants et sortants étaient également payés. C’était le coût du privilège de pouvoir accrocher à sa ceinture un petit appareil qui clignote! On se sentait élégant. L’ivresse de cette hypothétique élégance avait longtemps gardé les utilisateurs inconscients du manque de couverture du réseau et de la cherté du « service ». La bêtise se faisant contagieuse et le mal attrayant, Comcel et par la suite Voila se sont vite mises de la partie pour continuer à « plumer » la poule qui mettait une pointe de fierté paradoxale dans le fait de ne pas crier.

C’est dans cette atmosphère lourde en frustrations non exprimées et en espoirs inavoués que le pavillon rouge sang de la Digicel apparut au peuple haïtien comme l’étendard de la victoire. L’illusion avait pourtant quelques éléments d’objectivité. Le prix des appareils mobiles avaient drastiquement chuté, la couverture élargie comme jamais auparavant, le coût des appels entrants annulés, créations d’emplois en masse, salaires plus raisonnables par rapport aux autres operateurs et mieux encore la démocratisation de la téléphonie mobile. On ne demandait pas mieux. Des deux côtés les attentes ont été comblées au-delà des espérances. Le peuple avait son service à bon prix, et la Digicel sa grande part de marché et la reconnaissance d’un peuple longtemps maintenu dans la médiocrité des services. Consciente de cet état euphorique où toutes les gardes sont baissées, la Digicel en a profité pour infiltrer tous les espaces vides, coloniser les pouvoirs et finalement engloutir les piètres compétiteurs mais compétiteurs quand même. Et fidele à sa vocation, la foule sans âme a acclamé. Vive la Digicel, vengeresse des bourreaux de nos bourses.

Ces cris ont eu leurs effets. La Digicel ne s’est fait pas longtemps prier. Elle a étendu ses tentacules. Elle est maintenant partout. Sport, internet, éducation, marché public, activités festives et sournoisement la politique puisque voie royale de communication du Président. Toutes les conditions de l’impérialisme commercial sont réunies. Trêve de convenance. La comédie a assez duré. L’appétit du gain à tout prix ne saurait être bridé. La Digicel laisse tomber son masque et sort ses griffes. Facturation sans appels  émis, bombardement de publicités, que dis-je de propagande, retard de livraison de messages, réduction de la marge du maigre profit des vendeurs de « pappadap », service à la clientèle injoignable sans frais et récemment vol d’argent pur et simple. Pour l’abonnement internet payé au prix fort, on ne reçoit que censure d’application et indisponibilité de service sans remboursement.

Le Conseil National des Télécommunications CONATEL, étant à la solde de son grand patron répond aux abonnés absents pour la réception des plaintes. Personne ne protège les consommateurs. Les abonnés bafoués se réfugient soit dans l’expression de leur  indignation via les réseaux sociaux soit dans la résignation. C’est de cette deuxième catégorie qu’il faut se méfier. Elle a l’énergie du désespoir. Si elle a épargné les bâtiments de la Digicel lors de l’émeute de la faim en avril 2008, c’est parce qu’alors cette compagnie donnait un écho positif à leurs espoirs. Il serait fort imprudent d’oublier ce petit détail. Le peuple haïtien, je le rappelle, est capricieux et imprévisible. Dans son enfer, gît un nombre incalculable de dieux hier encensés et glorifiés. Duvalier et Aristide peuvent en témoigner.

L’erreur la plus fatale de l’homme en général et des systèmes qu’il forge en particulier, est de méprendre les limites de la force et du pouvoir. Loin de garder ce dernier sous leurs bottes, il lui crée un trône sur leurs têtes. Du coup, il oublie que le véritable pouvoir, celui qui dure, est celui dont on ne fait pas usage. Aux haïtiens aussi, ces comportements prédateurs doivent rappeler que les multinationales, de même qu’elles n’ont pas de frontières géographiques définies, n’ont, certaines fois, pas de limite morale. Le gain est leur seule boussole. Il faut que la société civile s’organise, réponde à sa vocation de groupe de contrôle et de pression. Les associations de consommateurs doivent cesser d’être considérées comme l’apanage des pays industrialisés. Exigez plus et refusez l’extraordinairement médiocre et injuste !

 

Dr Valéry Moise

lyvera7@yahoo.fr

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Fiat Lux!

Auteur·e

L'auteur: Valéry Moise
Valéry MOISE, est un jeune Médecin haïtien, très engagé et militant dans les domaines d’éducation sanitaire, des Droits de l'Enfant, de la diversité culturelle et de l’émancipation des femmes et des jeunes. Parallèlement, il est un Ambassadeur de la francophonie des Amériques et Consultant auprès du Parlement Francophone des Jeunes des Amériques PFJA. Il travaille à l’avènement d'un meilleur demain pour son pays et l’humanité entière.

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