Réflexions de Valéry
03. juin
2014
Politique
8

De ces prisons, Mandela sortirait dieu ou rien du tout !

À côté, et peut-être même au-delà des règles de conduite personnelle, il y a les lois que personne n’est censé ignorer et sous le joug desquelles tous doivent se soumettre. Du législateur au plus vulgaire des quidams. C’est en vertu de ce principe que Nelson Mandela s’était vu offrir une place non désirée en marge de la vie sociale.

Tout en se laissant couler dans le creuset des plus puissants, les lois se permettent toujours la grossière moquerie de prétendre protéger les plus faibles. D’abord d’eux-mêmes et de leurs envies mal placées, ensuite de l’avidité des plus forts. Mais comme rien ne peut exister sans son contraire, il est des sociétés où les lois se placent au-dessous des caprices sans cesse changeants de certains citoyens. Proches du pouvoir en place dans la plupart des cas. Ils décident alors de ce qui est légal ou condamnable. Ainsi, est-il commode que les déviants par rapport aux principes de l’arbitraire, de l’injustice, de l’animalité, de l’exploitation se révèlent être dignes d’un seul mérite : la prison.

En Haïti, ce que nous appelons « prison » a de commun avec les autres que le nom. Tout le reste n’est que particularité. Singularité, dirais-je. Aussi loin de l’illégalité qu’on s’ingénie à poser, il peut toujours exister une voie magique menant à la porte trop accueillante de nos prisons. Lieu où les procédures de remise en liberté sont semblables à un bout d’entonnoir. Toujours très restreintes.

Mais pire que l’aspect aléatoire des circonstances de dépôt, il y a les conditions infrahumaines de détention. Le surpeuplement, les châtiments corporels, la carence de nourriture, l’absence d’hygiène, la privation de visites et les violences et perversions sexuelles constituent les principales politiques appliquées par nos centres de détention. Et c’est par le truchement de ces éclipses d’humanité que brillent les plus répréhensibles actes de violence. Violence qui distingue, qui procure respect, qui accorde faveur et qui prédispose à la libération en période pré-électorale. Vous comprenez la logique !

Quand les prisons cessent de répondre à leurs vocations de neutralisation, d’isolement et de réhabilitation du fautif, elles se transforment alors en bouillon de culture propice à la pullulation de tous les actes de banditisme.

Ici, par voie de conséquence, nous fabriquons des monstres que les jungles les plus barbares seraient incapables de contenir. Ici, seuls les attributs divins permettraient à Mandela de triompher des assauts du désir de vengeance. Sinon il ne serait rien. Pas plus qu’une loque humaine. A peine serait-il un élément rongé de maladies et rempli de rancœurs prêt à dévorer tout ce qui lui rappelle, un tant soit peu, les horreurs de l’injustice.

Alors mes chers concitoyens, comprenez que la bêtise est toujours insistante et métastatique. N’attendez pas que la peste s’abatte sur vous ou un membre de votre famille pour dénoncer l’inacceptable. Car, chez nous, quand Madame Justice se bande les yeux, ce n’est point pour ne pas avoir égard à l’apparence, mais pour s’assurer d’une conscience tranquille et se dédouaner quand elle accorde à l’innocent, la place qui revient au coupable.

Dr Valéry Moise

lyvera7@yahoo.fr

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Article : Entre fleurs et larmes
Sociale
15
23 mai 2014

Entre fleurs et larmes

Perdue dans ses pensées, elle caressait avec une tendresse débordante son fils qui a de la fièvre. Elle attendait que je lui pose les questions devant me permettre de bien prendre soin de sa progéniture. Mais mieux que mon thermomètre qui évaluait la hausse de température de l’enfant, je prenais à travers ses yeux toute la mesure de sa déficience en amour. Elle en avait pourtant à revendre. Je l’ai vu. Pas un seul mouvement de ses doigts sur son enfant n’a été exécuté sans laisser une marque indélébile d’affection. Elle aime son fils. Mais aussi, à travers lui, son père.  Un père absent. Apparemment comme d’habitude. Et on ne serait pas loin de la vérité en pensant qu’il n’est souvent présent qu’à travers les douleurs qu’il cause à sa femme.

(suite…)

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Article : La lettre trouvée dans la poche du manifestant abattu
Politique
109
17 mai 2014

La lettre trouvée dans la poche du manifestant abattu

A mon fils qui veut être Président,

Si tu lis cette lettre, c’est que la lâcheté a encore triomphé du courage, la violence de la liberté, la tyrannie de la démocratie et surtout les mots des actes.

Quand je suis sorti ce matin, ce n’était pas pour aller déposer un nouveau CV. Les employeurs ne recrutent plus sur l’unique base du mérite. Je ne suis pas non plus sorti pour me dérober à mes responsabilités. J’étais sorti pour rappeler au gouvernement que moi aussi je suis un citoyen, que j’ai le droit de vivre dans la dignité. Que tant que j’aurai des diplômes valides et aucun handicap physique m’empêchant de me nourrir à la sueur de mon front, je n’accepterai aucune aide déshumanisante fut-elle peinte sur un tableau d’aide sociale. J’étais sorti pour dénoncer le copinage, la médiocratie, le règne des stupéfiants, l’inversement de la morale,  l’attentat quotidien des valeurs et surtout la corruption qui commence à laisser une dette bien trop lourde pour tes frêles épaules.

Mon fils, j’ai lu dans tes yeux et j’ai compris combien tes rêves sont grands. J’ai observé tes mouvements et j’ai deviné le sens de tes prises de position future. J’ai entendu tes silences et j’ai senti le tourbillon de tes réflexions précoces. Tu as déjà beaucoup vécu, mais laisse-moi te donner quelques conseils que tu ne dois jamais te permettre d’oublier.

Tu es né sur une terre qui a produit de sublimes héros et leurs justes contraires. Le peuple ici, apparemment beaucoup plus que ceux d’ailleurs, est émotif et capricieux. Il a souvent la regrettable habitude de préférer les promesses creuses des idiots aux propositions bien pesées de ceux qui ont péniblement gravi les pentes raides du travail pour se hisser aux plus hauts sommets de la compétence. Ici, les grandes révolutions sont patricides. Voilà, pour être bref, les défis qui t’attendent. Avant de vouloir être Président, apprends d’abord à être un citoyen modèle. Avant de prétendre connaître les autres et leurs aspirations, connais-toi toi-même et triomphe de ton ego. Ne te limite jamais à ta pointure et aux sentiers battus, chausse les souliers des autres et parcours leurs chemins. Comprends pourquoi ils sont tombés, honore-les et relève-toi. Mon fils, quand tu seras Président, rappelle-toi que tu redeviendras simple citoyen. Le monde est complexe et parfois violent, mais ne te prête jamais à la comédie animale de l’humanité, car il y aura toujours un retour de bâton. Méfie-toi des conseillers-renards et des amis parachutés. Et par-dessus tout, ne perds jamais ton cœur d’enfant !

Je sais que tu pleureras longtemps mon assassinat, mais je t’en prie, mon fils, à la vengeance de mon sang,  préfère la concrétisation de mon rêve d’une société siamoise de la justice. Et garde en mémoire ces mots d’Eliphas Levi : « La foi est le levier d’Archimède, lorsqu’on a un point d’appui dans le ciel, on remue et on déplace la terre ».

Ton père qui t’aime !

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

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Article : Cher policier, as-tu un fils lycéen ?
Sociale
11
7 mai 2014

Cher policier, as-tu un fils lycéen ?

Il serait évidemment plus pertinent de demander au ministre de l’Education nationale si ses fils ou petits-fils reçoivent le « pain », ne le lisez pas en anglais, de l’instruction haïtienne. Pour peu que l’on se réfère aux habitudes, on sait qu’à cette question le ministre répondrait positivement si « les circonstances » ont permis que ses progénitures soient encore en Haïti. Pays à multiples facettes où pour être gentil le voleur sert un verre de lait pour chaque vache volée. Où la violence est condamnable et sévèrement réprimée seulement quand elle est exercée par les plus faibles.

Je n’ai pas besoin de savoir pourquoi des élèves sont dans les rues aux heures de classe, tout ce qui importe c’est qu’ils sont là en uniforme, sans arme, et qu’ils sont violemment chassés par des policiers. Ceux qui ont pour mission de protéger et de servir. Et si on n’appuie pas trop sur la liaison, ceux qu’on pourrait appeler les « forces des ordres ».

Il n’est nullement nécessaire de souligner que les ficelles autant des écoliers que la plupart des étudiants sont exercées, fort souvent, par des mains qui ne jurent que par fourrer leurs doigts dans l’œil de l’Etat. Mais le propre d’un individu manipulable est qu’il répond, avec à peu près la même inclination, aux sollicitations de nuisance et de construction durable. C’est à l’Etat de canaliser les énergies dégradées et indisciplinées de ses citoyens. Et un Etat force le respect et l’admiration quand il anticipe sur les causes de crise, y propose des solutions et évite de tomber dans les bassesses des réactions. On ne s’improvise pas chef d’Etat tout  comme, en l’espace d’un cillement, on ne fabrique  des forces de l’ordre. Si vous êtes fascinés par le bruit des tendres vertèbres sous vos bottes, si vous aimez les situations de panique déclenchée par les gaz « apnogènes[1] », si votre mission est de libérer votre stock de munitions toujours trop bien pourvu, si vous vous sentez monarque quand vous occupez seuls la voie publique, alors votre place n’est pas dans la police payée avec le sang et la sueur des dignes contribuables.

On sait que vous ne faites qu’exécuter des ordres venus de haut, mais l’évangile est connu de tous. A un principe injuste, personne n’est tenu d’obéir. Encore moins des individus doués de raison et de liberté. Il est toujours bon de garder en mémoire ce sage avertissement d’Eliphas Lévi stipulant : « Quand le pouvoir, semblable au rocher de Sisyphe, échappe aux bras qui veulent le pousser trop haut, il retombe et roule de nouveau au bas de la montagne ; c’est ce qu’on appelle une révolution. »

Ce n’est pas ce dont le pays a besoin pour le moment. Si nos rivières sont asséchées, nos cimetières regorgent de sang imprudent qui nous invite à la tolérance et à la résolution pacifique de nos conflits, si nos salles de classe sont vidées, nos prisons explosent d’individus à qui la dernière parcelle d’humanité a été enlevée. Haïti est un filet dont les mailles ont la détestable habitude de retenir les petits poissons et de laisser passer les gros.

Chers policiers, souvenez-vous d’où vous venez. Rappelez-vous ce que vous êtes venus chercher. Combien d’entre vous n’ont pas un fils, un petit cousin, un neveu, un frère au lycée ? S’ils manquent de jugement dans leurs comportements, c’est qu’ils ont manqué de professeurs dans leurs établissements, s’ils courent par tous les vents, c’est qu’ils n’ont pas suffisamment de bancs, s’ils vous empêchent d’avoir la paix, c’est que leurs directions ne disposent pas de suffisamment de craies.

D’audace et de pouvoirs qu’un méchant soit armé

                        Quand l’heure sonne, il faut qu’il épie et qu’il mesure

                        Et la raison de l’opprimé

                        Devient tôt ou tard la meilleure. (Le loup pris au piège, Eliphas Levi)

 

 

Dr Valéry MOISE

lyvera7@yahoo.fr

 


[1] Entendu comme substance ayant la propriété de provoquer des apnées (Arrêt de la respiration).

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Article : Et si le raciste Donald Sterling lisait un peu ?
Sociale
13
29 avril 2014

Et si le raciste Donald Sterling lisait un peu ?

Si j’étais sûr que Donald Sterling lisait beaucoup et en plusieurs langues, je n’utiliserais pas « l’encre noire » pour écrire ce billet. Mais ayant déjà compris que sa fortune est en équilibre avec sa pitoyable ignorance, j’estime qu’il serait inapproprié de lui accorder plus d’attention dans ces réflexions. Processus qui d’ailleurs semble lui être étranger !

Je reconnais avec tristesse que certains éléments de l’espèce humaine ont le don rare de pouvoir enjamber d’un seul pas rétrograde tous les progrès des différentes civilisations. Leur vision en tunnel n’obéit qu’à la loi de la pesanteur. Ils ne s’autorisent aucune analyse rigoureuse et personnelle. C’est trop éprouvant. Ils se disent, avec raison, qu’on ne peut introduire dans un petit esprit de trop grands concepts comme l’égalité des races humaines.

S’étant habitués à seulement glisser à la surface des choses, leur jugement ne s’arrête qu’à la peau. Soit que l’autre est de la même nuance épidermique soit qu’il n’est rien du tout. Ce comportement bassement instinctif, ô combien dangereux, a déjà écrit, avec des lettres de sang, des pages d’histoire dont le plus sauvage des animaux serait peu fier. Les plus redoutables jungles n’ont pas encore expérimenté toute l’horreur que peuvent contenir ces deux mots : Génocide et Esclavage !

Je n’ai pas connu Auschwitz, je n’ai pas connu la traite des Noirs d’Afrique, mais j’entends encore l’effroyable cri silencieux des mères qui s’efforcent de protéger leurs enfants, l’appel à l’oxygène et à la nourriture des gazés et des rebelles jetés par-dessus bord. Si certains Noirs et d’autres minorités exploitées tiennent aujourd’hui une démarche altière, ce n’est point parce qu’ils ne sentent plus les ravages des coups de fouet du colon d’hier et d’aujourd’hui, s’ils ne réclament pas le fruit des corvées atrocement inhumaines de leurs ancêtres, ce n’est point parce qu’ils sont lâches, mais parce qu’ils sont mus par la noblesse du pardon qui est l’apanage des Grands. Il aurait été beaucoup plus facile de se laisser séduire par la violence dont ils ont été hier victimes.

Pour le bonheur de l’humanité et surtout pour sa sauvegarde, Jésus de Nazareth, Toussaint Louverture, Martin Luther King Jr, Mahatma Gandhi, Nelson Mandela pour ne citer que ceux-là ont tué les germes d’homicide plantés dans chaque acte d’injustice. Ils ont amené une bonne part de l’humanité à comprendre que seule la diversité est richesse, que l’individualité est illusoire, que la supériorité est ignorance, que la complémentarité est absolue, que violence est faiblesse et surtout que la vengeance ne reste jamais invengée.

Fort de ces considérations, quand j’entends des propos racistes, j’entends un appel au secours d’un individu inculte qui a le dégoût de lui-même, quand je perçois une attitude hautaine, je sens la détresse d’une âme en mal d’élévation, quand je vois des systèmes fabriquer l’injustice, je vois des instruments de guerre.

L’humanité a besoin d’évoluer et de revenir aux choses simples en libérant les âmes captives de l’égoïsme brutal. La richesse économique et l’abondance du cœur ne sont pas mutuellement exclusives. Puisse l’Etre suprême permettre à ceux prétendant posséder une supériorité liée à la couleur de la peau et aux cerveaux atrophiés de comprendre que tout ce qui est divisé aux pôles est uni au centre !

Dr Valéry MOISE

Lyvera7@yahoo.fr

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Article : Peuples, marchez-vous selon la foi ou selon la vue ?
Sociale
8
9 avril 2014

Peuples, marchez-vous selon la foi ou selon la vue ?

« Mache non pitit mwen [1]», lança tendrement la mère à son fils qui s’impatiente de devoir encore marcher. « Ah se jènjan w genyen, l’ap mache [2]»  rétorquai-je à la mère. « Li di l’ grangou, men m’ konnen Bondje pap kite jounen an pase san l’ pa manje [3]», face à la conviction de la mère, aucune réaction, du moins visible, ne vint de ma part. Les interrogations étaient trop nombreuses pour pouvoir être sorties d’une seule bouche.

C’aurait dû être un jour consacré au repos et à la prière. Il n’était pas encore 8 heures du matin, je me dirigeais vers l’hôpital où je devais assurer quelques heures de travail, je n’ai pas su où se rendaient la dame et son fils, tout ce qui ne m’échappe pas, c’était qu’ils marchaient selon la foi. La vue devait-être trouble. Et certaines phrases ont le don de coloniser la pensée dans certaines situations. « À l’homme qui marche, il n’appartient pas sa voie » me semble avoir été la  favorite de la dame ce matin-là.

Je ne voulais pas m’arrêter sur le sentiment qui anime une mère qui se voit incapable de donner à manger à son enfant. Je sais déjà que la douleur de l’enfantement est de loin préférable à celle-là. Quand on est préoccupé à donner la vie, les récepteurs de l’absinthe semble moins bien fonctionner, mais comment se soustraire aux atrocités de la culpabilité quand l’assiette qui maintient la vie est rarement chez soi ? Ceci ne fut pas l’objet de mes réflexions. Je me demandais de préférence jusqu’où Dieu ou Satan pouvait-il être impliqué dans les affaires humaines. À quelle proportion étaient-ils coauteurs ou spectateurs du bonheur ou du malheur des hommes.

Il faut évidemment de la profondeur pour pouvoir s’élever à certaines hauteurs. Celles où la science pas plus que la religion ne règne en maîtresse absolue. Celles où l’on comprend que l’on ne s’appuie que sur ce qui résiste, celles où l’on réalise que la stabilité est indispensable au mouvement, celles où l’on met bout à bout ce qu’en général on place face à face. Dans certaines sociétés, Dieu est à la Genèse et à l’Apocalypse de tout, dans d’autres la causalité lui ravit cette faveur. Mais force est de constater que la main de Dieu est partout dans les sociétés où la responsabilité humaine n’est nulle part.

Mon ami Pascal Adrien m’a dit un jour que la misère n’est pas un accident. Il m’a laissé entendre qu’il est programmé par l’inaccessibilité des masses à une éducation de qualité, la rareté des soins de santé, par le chômage pour être bref.  Je dois avouer que ces arguments ne m’ont pas laissé de glace. Ils se sont révélés vrais dans certains cas de figure. Après m’être penché sur la responsabilité des victimes dans leur sort, et extrapolé un peu, il m’a paru que le Créateur intervient très peu dans les affaires humaines et laisse presque toujours le sens du premier pas à la discrétion du voyageur. Et ce n’est pas la chronologie des miracles de Jésus et des prophètes qui l’ont précédé qui en disconviendra. Moise avait un bâton, les serviteurs à la noce de Cana avaient déjà de l’eau disponible pour remplir  les outres quand le vin venait à manquer, les disciples avaient déjà des pains et des poissons avant la multiplication et les exemples sont légions.

Quel est le rapport de toutes ces considérations et la faim d’un garçonnet à qui l’on demande de marcher, se demande probablement le lecteur impatient et exigeant ? Qu’il me soit permis de rappeler, une fois de plus, que la conception d’un enfant est soumise à un certain nombre de principes. L’enfant est source de richesse et de satisfaction seulement quand sa nutrition, son éducation et son support  affectif sont garantis. Aussi, voudrais-je écarter la conclusion rapide et facile de croire que je suis en train d’enlever aux pauvres leurs droits de procréation. Je veux seulement qu’ils soient conscients du cercle qui les maintient dans la pauvreté.  Je ne suis pas non plus en train de dédouaner l’industrie qui fabrique la misère du prolétaire dans le but de mieux l’asservir,  qui le maintient par les tripes au bas de l’échelle sociale,  qui tue son individualité et sa créativité dans les travaux en chaine, qui le garde dans l’ignorance pour qu’il ne pose pas de questions dérangeantes pour l’oligarchie, qui le bombarde de superflus pour qu’il perde de vue l’essentiel.

Peuples, si  je vous demande pourquoi avez-vous faim, les gouvernants me répondront parce que vous ne travaillez pas, mais si je vous demande pourquoi vous ne travaillez pas, on me traitera de communiste. Que votre foi vous sauve !

 

Dr Valéry MOISE

                                                                                                Email : lyvera7@yahoo.fr



[1]  Marche donc mon enfant.

[2]  C’est un grand garçon que tu as, il va marcher.

[3] Il dit qu’il a faim mais je sais que Dieu pourvoira à son besoin avant la fin de la journée.

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Article : Le droit des  femmes de vivre libre de violence et de discrimination.
Sociale
3
7 mars 2014

Le droit des femmes de vivre libre de violence et de discrimination.

Ce n’est pas sans hésitation que j’ai accepté cet honneur  de me présenter ici à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme pour parler de leurs droits de vivre libre de violence et de discrimination. Je me demandais comment allais-je pouvoir me soustraire de ce paradoxe qui ne risque  pas d’échapper  à l’attention des  féministes évoluant aux extrêmes : Un homme venant exposer aux femmes leurs droits !

Je n’attendrais pas leurs protestations pour solliciter clémence et l’opportunité d’expliquer ce qui peut paraitre très audacieux. Qu’il soit clair et compris de tous que je ne suis pas là en tant qu’homme. Je suis là en tant que fils, en tant que frère, et en tant qu’amoureux. Je suis là pour ma mère, mes sœurs et mes amours. Je suis là en tant que défenseur de la personne humaine à quelque genre qu’elle appartienne.

Droit des femmes est le premier thème autour duquel nous nous réunirons aujourd’hui.  N’attendez pas de moi les définitions savantes et compliquées. Pas même les articles. Encore moins les conventions et les décrets.

J’entends par Droit de la femme, l’obligation qu’elle a de se connaitre, de s’aimer, de s’éduquer, de s’instruire, d’oser,  de se respecter,  et  par-dessus tout de demeurer égal à elle-même, et de ne jamais se comparer à personne. Car, je vous le dis en vérité, aucun droit n’est à réclamer mais à protéger. Quand vous réclamez, vous rendez légitime l’illégal. Quand vous cherchez l’égalité avec les hommes, vous corrompez votre nature, vous niez votre importance.  Votre force est dans votre différence. Votre faiblesse est dans l’uniformité, la monotonie, la peur des nouveaux sentiers. Souvenez de votre pouvoir, c’est vous qui concevez les hommes, les nourrissez, orientez leurs premiers pas selon le sentier qui vous parait être le meilleur et comment ne trouvez vous pas anormal qu’après vous êtes broyées, humiliées, sous payées, et sous estimées ? Regardez vous en face futures mères, regardez en arrière épouses accomplies et réalisez que vous cherchez la solution dans l’effet en ignorant la cause.

Tant que, sous l’ordre stupide de vos maris, vous acceptez de garder les petites filles à la maison pendant que les petits garçons vont à l’école, tant que les travaux domestiques demeurent  l’apanage des filles pendant que les garçons sont traités en prince, an ti kòk, tant que vous estimez que le sport n’est pas fait pour les filles, tant que les poupées sont  tout ce que vous leur offrez comme cadeau, tant que vous craignez de leur parler de leur féminité, de leur expliquer les changements qui surviennent à la puberté, tant que vous les estimez trop jeunes pour les notions de sexualité, tant qu’elles ne sont pas aussi libres que les garçons dans le choix de leurs amis, tant qu’ elles sont vues seulement comme infirmières, religieuses, couturières, administratrices, secrétaires, enseignantes, cuisinières, décoratrices, vous commencerez à peine à réclamer une égalité qu’on ne vous accordera jamais.

Soyez  aussi des entrepreneures, des femmes politiques, des ingénieures en informatique, des astronautes, des ingénieurs mécaniques, des avocates, des militaires et j’en passe et seront disparues la violence, la discrimination et les inégalités.

Observez l’eau qui  désagrège la pierre et vous comprendrez que la puissance ne tient ni aux pantalons ni aux bras de fer. Arrêtez de voir le châtiment corporel comme une excellente forme d’éducation des enfants, et ceux-ci comprendront combien le corps est sacré et combien il est inhumain et inutile de recourir à la violence pour exprimer des désaccords ou infliger une punition.

Quand je vois un ministère à la condition féminine, je vois un danger pour l’union de la famille et un handicap à sa propension naturelle de trouver des solutions à des problèmes dont la compréhension est quasiment impossible à tout élément placé en dehors de son cercle. Aussi utiles que puissent être les mains au corps, elles ne sont jamais sollicitées dans les accidents qui interviennent assez souvent entre la langue et les dents. L’équilibre à rechercher est interne et dynamique.

Et pour mettre un terme à ma présentation de ce matin, je vous dirais, chères écolières, de prioriser vos études, d’aimer la lecture, d’apprivoiser l’écriture seules capables de vous aider à élaborer et coordonner vos pensées. Respectez votre corps et valorisez-le. Je n’irais pas jusqu’à vous exiger un esprit  sain dans un corps sain mais je m’en voudrais de ne pas vous exhorter à tenir vos perles loin des pourceaux. Vous ne gagnerez rien à résumer cette créature merveilleuse que vous êtes  en vos 5 sens. Inspirez vous d’Angela Merckel, de Michelle Obama, de Claire-Heureuse, de Catherine Flon, de Michaelle Jean,  d’Emeline Michel, réalisez en vous l’alliance rare de la beauté et de l’intelligence et devenez l’idéal de ce que pourrait exprimer le mot : Femme !

Je vous en remercie !

 

Dr Valéry MOISE

Email : lyvera7@yahoo.fr

 

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Article : Ces routes qui conduisent à la tombe
Sociale
9
5 mars 2014

Ces routes qui conduisent à la tombe

Dans une certaine mesure pourtant, ils font partie des chanceux. De ceux qui « travaillent », des rescapés du chômage. De ceux dont les photos retouchées ou les salaires réels amplifiés font dire qu’Haïti avance.  Vers quelle destination ?  Pour ceux-là, il s’agit de la  tombe !

Des traits de jeunesse sont encore perceptibles sur leurs visages. Ceux qui s’en douteraient, seraient vite rassurés par la vigueur de leurs bras. Au sein de la même équipe, ils sont répartis suivant les tâches. Certains sont affectés au transport de l’eau, d’autres du sable, et la plupart au mélange du ciment. L’inhalation et l’ingestion de la poussière de ce ciment qui, au fil du temps, affectera leurs fonctions respiratoires et tenant ainsi hors de leurs poumons, le souffle de vie.

La sécurité, même dans son sens le plus général, est un terme ésotérique en Haïti. Il est réservé aux initiés du gouvernement, de leurs proches et des « experts » de la communauté internationale. Pas besoin de le rechercher dans les contrats et conditions de travail. Cela n’intéresse personne. Pas autant les employeurs que les employés. A quoi cela servirait-il d’ailleurs dans un pays où le chômage règne en maitre absolu et où la justice est la raison ou mieux le caprice du plus fort ?

Sans masques, sans bottes, sans casques, sans gants, le travail doit être fait. Le choix est simple. Mourir tout de suite de faim ou souffrir à long terme de maladies pulmonaires. Par une simple observation, on verra qu’aucun  brave ne jette le dévolu sur la première option. Il y a une famille nombreuse à nourrir. Et ce qui manque aux femmes de ces ouvriers dont la vie subit chaque jour un attentat, ce n’est pas des mains de velours. Elles n’ont jamais connu ni les gâteries ni les caresses de la vie. Leur quotidien est fait d’ouragans qui les culbutent de problèmes en problèmes, pas de brises qui les caressent le visage. Elles sont habituées aux mains rocailleuses sur leurs peaux. Elles ne sont pas touchscreen !

Et pourtant cette peau-bouclier que la vie leur a imposée, cache et protège une mine de sensibilité et d’amour à l’égard de ces sacrifiés dont la vie ne risque pas d’être longue. Ces jeunes sur qui devaient reposer la  « reconstruction » du pays. Ces futurs invalides que l’Etat créent et aux besoins desquels il sera à la fois insensible et impuissant. Cette main d’œuvre bon marché que l’Etat gaspille et sous-estime. Cette aubaine dont la disparition va handicaper le développement de la classe moyenne et du coup favoriser l’importation des travailleurs dominicains et philippins comme c’est déjà le cas.

Chaque vie a besoin d’être revalorisée en Haïti. Aucune n’en vaut une autre. On a déjà réussi à provoquer le dégoût des  intellectuels conséquents, on est déjà parvenu à rendre le pays trop petit pour les grands idéaux, il est  donc criminel de ne pas assister la classe ouvrière, de ne pas forcer le Ministère des Affaires Sociales et du Travail à s’acquitter de son boulot dans les meilleurs termes dont il doit être capable.

On a déjà saisi qu’Haïti est ouvert aux médiocres, aux corrompus, aux invertébrés et fermé aux soucis du travail bien fait, aux standards internationaux et à la sécurité du travail.

Mais ce qui continue à soulever  l’interrogation c’est de savoir où vont cacher les colons quand le sang des  esclaves modernes  demandera des comptes.  Quand la sueur des travailleurs trop peu rémunérés ressusciteront  les rêves enfouis qu’on croyait à jamais  enterrer. On ne brise pas impunément la branche sur laquelle on s’assoit quand on n’a pas des ailes. Que la raison enseigne aux incrédules ce que la force du désespoir s’impatiente de faire pénétrer violemment dans leurs microscopiques cerveaux !

Dr Valéry MOISE

Email : lyvera7@yahoo.fr

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Article : La victoire qui manque aux Titans !
Sociale
3
20 février 2014

La victoire qui manque aux Titans !

Ils en avaient marre de n’être que des numéros sur les listes électorales. Ils refusaient de continuer à se voir comme des marchepieds à des pouvoirs dont ils ne bénéficiaient presque jamais des privilèges. Ils ont décidé de partir. Sans itinéraire. Un point de départ clandestin et quel que soit le point d’arrivée pourvu qu’ils arrivent à échapper à cet enfer dans lequel ils devaient continuellement gémir pour avoir commis le péché mortel d’être prolétaire.

L’eau salée qu’ils battaient pour en tirer du beurre, ils avaient décidé de la traverser. Peu importe le moyen. L’essentiel est qu’ils passent de l’autre bord. Les risques sont énormes et ils en sont conscients. S’ils ne sont pas arrêtés par les garde-côtes, ils peuvent mourir dans d’affreuses conditions de faim et de naufrage. Mais à une mort lente, certaine, sur terre, ils ont préféré le risque de la mer. La foi de certains et la complicité de la nature émue devant leur misère et leur courage ont permis à certains d’atteindre leurs objectifs.

Les voici donc étrangers à la langue locale, sans papiers, sans contacts majeurs et sans qualifications la plupart du temps. Et pourtant, ils sont là en conquérants.  Pas des terres des autres, ni même de leurs richesses. Mais de leurs rêves d’une vie meilleure.

Une vie meilleure à gagner au prix des travaux pénibles faiblement rémunérés, des préjugés de toute sorte, du racisme et de la reconnaissance muette. Une vie loin de l’amour familial et de la culture dans laquelle ils étaient pétris. Une vie loin de la patrie à laquelle ils devaient appartenir. Mais miracle ! Même coupés de leurs racines, la sève héroïque continue à couler dans leurs veines. Le destin n’abat pas les Titans. Ils sont comme le café haïtien. Ils ne résistent pas à la dissolution dans l’eau bouillante, mais ils imposent leur couleur et leur saveur !

Ils s’intègrent à leur manière, prospèrent, soutiennent leur famille, et permettent la création de biens et de richesses dans leur communauté d’origine. Et la pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle !

Cependant, à l’envers de la médaille, le soleil semble s’obscurcir. Sous les toits de beaucoup de Titans évoluent des Nains. La douleur et la difficulté quotidiennes ayant capitulé devant leur ténacité, certains Titans ont cru bon de déposer les armes. Ils ont trop souvent oublié l’ultime devoir du combattant qui est de passer le flambeau.

Il se produit alors une cassure brutale, entre les «  immigrés » et leurs enfants nés en terre étrangère. On est même porté à croire qu’il y a, certaines fois, une perte systématique de l’héritage culturel. Serait-ce par souci d’adaptation à la culture hôte, serait-ce le fruit d’une certaine honte inappropriée de la différence, serait-ce la peur d’un poids historique trop lourd à porter, serait-ce le fait qu’ils se sentent anonymes dans toutes ces mégapoles cosmopolites,  serait-ce un défaut de transmission adéquate ou une conjugaison de tous les précédents ? Nous croyons qu’il s’agit là d’un important sujet de recherche pour les sociologues.

Tout comme on se sent fier quand des citoyens d’origine haïtienne réalisent un exploit, on se sent tout aussi déçu et humilié quand ils affichent des comportements qui les placent en marge des sociétés civilisées. Et l’on est souvent tenté de croire que l’éducation de la famille haïtienne traditionnelle comporte des digues qui ont le don de contenir les élans de vagabondage des adolescents. Et une comparaison superficielle entre les jeunes nés et élevés en terre étrangère et ceux immigrés à un âge adulte plaiderait en faveur d’un tel argument.

Qu’on ne me prête pas des intentions que je suis loin de soutenir. Il ne s’agit pas ici d’enclencher une division entre ces deux groupes qui ne le sont pas d’ailleurs tant ils ont des points communs, mais essayons plutôt de voir dans quelle mesure la force de l’un pourrait compenser la faiblesse de l’autre dans une coopération à bénéfice réciproque.

L’union qui fait la force ne doit pas être seulement prônée au niveau national, mais elle doit être portée le plus loin que possible. Pourquoi pas une structure d’échanges culturels et de soutiens entre les différentes franges de la diaspora ? Notre culture, tout en étant ouverte aux autres, doit se renforcer pour ne pas mourir. Les notions de courage, d’honneur, d’éthique, de respect, de mérite qui tendent à disparaître dans notre société de plus en plus consommatrice des déchets internationaux, doivent être réappropriées et transmises aux jeunes Haïtiens d’ici et d’ailleurs comme des traits culturels majeurs de nos ancêtres qui ont osé réhabiliter le statut de l’homme noir en particulier et de tout homme en général. Ils ont affronté le passage de la tombe pour créer une société moderne.  Soyons des fils dignes !

Dr Valéry Moise

                                                                                                           Email : lyvera7@yahoo.fr

 

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L'auteur: Valéry Moise
Valéry MOISE, est un jeune Médecin haïtien, très engagé et militant dans les domaines d’éducation sanitaire, des Droits de l'Enfant, de la diversité culturelle et de l’émancipation des femmes et des jeunes. Parallèlement, il est un Ambassadeur de la francophonie des Amériques et Consultant auprès du Parlement Francophone des Jeunes des Amériques PFJA. Il travaille à l’avènement d'un meilleur demain pour son pays et l’humanité entière.

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